Le bio à grande échelle est-il possible ?

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Charles-Antoine Schwerer

Economiste chez Asterès

La question de la taille critique du marché bio a fait couler beaucoup d’encre. Pour certains, le tout bio est possible et serait le seul horizon pour une agriculture durable. En termes économiques, le bio a surtout un impact stimulant pour le non-bio. La mise en concurrence par le consommateur incite les producteurs non-bios à se préoccuper plus avant du goût des produits et de la santé du consommateur.

Que le bio soit produit à grande échelle ou non, l’innovation générée par ses acteurs améliore le marché dans son ensemble. Comme les VTC ont incité les taxis à améliorer leur offre, les produits bios incitent l’agroalimentaire classique à améliorer la qualité de ses produits. La grande question n’est pas tant la part du bio que son impact en chaîne sur la qualité de l’alimentation et sur la protection de l’environnement.

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Maxime de Rostolan

Association Fermes d’Avenir

C’est un système plus rentable que l’agriculture conventionnelle. On constate actuellement qu’il y a une forte liste d’attente sur les AMAP et une forte demande de se procurer du bio notamment dans les supermarchés. C’est une formidable opportunité pour accélérer la transition agroécologique et voir de nombreux nouveaux agriculteurs s’installer, mais la conjoncture est malheureusement largement défavorable à ce genre de projets en comparaison des aides et soutiens concédés à l’agriculture conventionnelle.
Chacun a son rôle à jouer : les consommateurs, les distributeurs, les collectivités locales mais aussi nos élus !

Crédit photo : ©Emmanuel Delaloy
Pierrick-Bourgault-par-Emmanuel-Delaloy

Pierrick Bourgault

Ingénieur agronome

Oui, bien sûr. Pendant des milliers d’années, de la préhistoire jusqu’au siècle dernier, les habitants de la planète furent nourris sans engrais ni pesticides. Certes, la population était moins nombreuse. Au XXe siècle, les engrais chimiques ont dopé les rendements, les phytosanitaires soigné les maladies – provoquées en particulier par ce régime intensif. Aujourd’hui, les surfaces cultivables se réduisent (urbanisation, routes…) et la population augmente, ainsi que sa demande en produits bon marché. Comment nourrir l’humanité avec des aliments sains, des légumes non pollués par des pesticides, des viandes et des poissons sans résidus d’antibiotiques ?

Il faut d’abord préserver les superficies agricoles et les exploiter moins intensivement, afin que les sols ne s’épuisent pas et que le système soit durable – sinon, on va droit au mur. Notre terre nourricière est une richesse irremplaçable. Chaque acteur de la filière – agriculteur, transformateur, distributeur – doit pouvoir vivre de son travail. Une alimentation de qualité a un coût. N’oublions pas l’essentiel : ce que je mange devient mon corps. On n’achète pas des pièces détachées de mauvaise qualité pour sa voiture, ni pour son ordinateur – à plus forte raison, pour son organisme.

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