écologie

Le bilan carbone au quotidien

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Le Bilan Carbone est une méthode de mesure des émissions de gaz à effet de serre (GES) développée par l’ADEME depuis 2002. Elle permet de mesurer l’impact des activités sur le climat, et de mettre en place des actions visant à modifier les comportements, et à réduire les émissions de GES en se montrant plus respectueux de l’environnement (consommation d’électricité, trajets en voitures, quantité d’eau utilisée, etc). D’autres pays établissent des bilans carbone de manière assez similaire.

Néanmoins, pour les comparaisons internationales, on utilise les inventaires des émissions de gaz à effet de serre, statistiques que les Etats doivent produire dans le cadre du protocole de Kyoto.

 

Bilan Carbone et Empreinte Ecologique : 2 mesures distinctes

L’empreinte écologique est une mesure de la pression qu’exerce l’homme sur la nature, développée par le Global Footprint Network. Cet outil permet d’évaluer la consommation humaine des ressources naturelles et la capacité de ces ressources à se régénérer.
Elle évalue la surface totale requise en hectares globaux (hag) par notre mode de vie pour produire les ressources que nous utilisons, répondre à notre besoin d’énergie et pour fournir l’espace nécessaire à nos infrastructures.
Cet indicateur a été inventé au début des années 1990 par Mathis Wackernagel et William Rees, deux chercheurs nord-américains. Il a ensuite été popularisé par l’association mondiale WWF.

Points de vue
Qu’est-ce que le bilan carbone ? Le bilan carbone est-il une notion pertinente par rapport à l’empreinte écologique ?

Jean René Brunetière, Président de la Chaire économie du climat de l’Université Paris Dauphine

M. Brunetière

Le « bilan carbone » est une méthode mise au point par Jean-Marc Jancovici, brevetée, et promue par l’ADEME qui permet d’évaluer les émissions de gaz à effet de serre d’une entité (ménage, établissement, entreprise, collectivité, projet…). On choisit le périmètre de l’entité sur laquelle on fait le calcul. C’est un exercice utile dans le cadre d’un plan de réduction de ses émissions.
Il y a d’autres méthodes d’évaluation des émissions de gaz à effet de serre, notamment les « inventaires » que chaque pays doit produire dans le cadre du protocole de Kyoto : c’est la quantité annuelle d’ « équivalent CO2 » émise sur le territoire du pays.
L’empreinte écologique est une notion plus large : c’est une évaluation en hectares de la surface totale nécessaire pour satisfaire l’ensemble des besoins d’une entité (ville, population, organisme…) et absorber ses déchets. En croissance constante, elle dépasse d’ores et déjà la surface de la planète, cette empreinte écologique, même si son calcul fait l’objet de débats techniques, met en évidence un point essentiel : notre mode de développement n’est pas « soutenable ». « L’empreinte carbone » constitue le plus souvent une part majoritaire de l’empreinte écologique.

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Jean René Brunetière, Président de la Chaire économie du climat de l’Université Paris Dauphine

M. Brunetière

Les « meilleurs élèves » sont la Suisse et les pays scandinaves. L’Union européenne fait des efforts non négligeables (-20 % en 2020, -40 % en 2030 par rapport à 1990). A l’approche de la COP 21 tous les pays ont été invités à mettre sur la table leurs prévisions et leurs engagements (les « INDC », intended nationally determined contribution) pour 2030. On observe, et c’est plutôt nouveau, que les plus grands Etats émetteurs (la Chine et les Etats-Unis, qui viennent de signer un accord sur le sujet) se montrent prêts à programmer des efforts substantiels, encore loin de ce qu’il faudrait pour atteindre l’objectif « -2°C », mais dénotant une première prise de conscience.
Les pays en voie de développement (notamment l’Inde) estiment que ce n’est pas à eux en priorité de faire des efforts, car leurs émissions par tête sont encore faibles, et les besoins de leurs populations sont immenses.
Enfin, de nombreux pays pauvres vont subir des conséquences graves du changement climatique (par exemple du fait de la montée du niveau des océans) et demandent qu’on leur apporte une aide financière pour s’adapter. A Copenhague, les pays développés ont promis 100 milliards de dollars aux pays pauvres à ce titre, mais ces fonds sont encore loin d’être sur la table.
Tout cela fait partie des enjeux de la « COP21 ».

Points de vue
Est-il possible de réaliser un bilan carbone à l’échelle de chaque région ?

Gilles Mergy, délégué général de l’ARF

G. Mergy

Oui bien sûr, et les Régions le font déjà, en partenariat avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). D’ailleurs le bilan des émissions de gaz à effet de serre est une obligation pour toutes les collectivités territoriales de plus de 50.000 habitants. Cela leur permet de piloter les engagements qu’elles prennent sur plusieurs années pour réduire les émissions de gaz à effet de serre sur leur territoire. On le voit bien, le niveau régional est l’échelle pertinente pour agir contre le changement climatique. Les solutions sont d’abord locales avant d’être nationales ou internationales.

Entre 2008 et 2012, la consommation des français a beaucoup évolué selon les postes de dépenses énergétiques : certains ont augmenté, d’autre ont baissé :

  • Le logement a perdu 14% des dépenses énergétiques grâce aux travaux de rénovation énergétique et la baisse de consommation de fioul.
  • Les produits informatiques sont le poste où il y a eu la plus grosse évolution avec une augmentation de 40%. Cette évolution s’explique par l’équipement des Français en télévisions à écran plat, smartphones et tablettes durant les 5 dernières années.
  • Le bilan carbone issu de la consommation de viande a baissé de 8%. En cause, la baisse de la consommation de bœuf par les français et une prise de conscience de la population vis-à-vis du manger local.
  • Le poste du transport en voiture a perdu 1%.
  • Le transport en avion a augmenté de 7%.
  • Les services de santé ont augmenté de 5%.

Jean René Brunetière, Président de la Chaire économie du climat de l’Université Paris Dauphine

M. Brunetière

Les émissions de GES au niveau mondial (32.3 Mds tCO2 éq. en 2014) augmentent année après année, mais leur augmentation se ralentit sous l’effet pour partie du ralentissement de la croissance et des efforts d’économies d’émission. Il faudra qu’elles diminuent fortement et rapidement si l’on veut éviter de dépasser le seuil des 2°C de réchauffement moyen, considéré par le GIEC (Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) comme le seuil de la zone de grands dérèglements. En l’état, les chances de ne pas dépasser ce seuil sont aujourd’hui très faibles.
L’Europe s’était fixé comme objectif de réduire ses émissions de 20 % entre 1990 et 2020, et elle est en voie de tenir cet engagement, qu’on peut juger trop peu ambitieux au regard de l’objectif « 2°C ».
La France émet relativement peu de GES par habitant, grâce surtout au programme électronucléaire (5,56 t/habitant en 2010) et réduit ses émissions conformément aux engagements européens.
En revanche, si l’on observe l’« empreinte carbone », en ajoutant les émissions « contenues » dans les produits importés, celle-ci ne cesse d’augmenter (+15% entre 1990 et 2010) : c’est entre autre l’effet des délocalisations industrielles.

Guillaume Bonnentien, Responsable de projets RSE chez EcoAct – expert énergie-climat

Guillaume Bonnentien

« Certains diront que les émissions de la France ne sont qu’une toute petite goutte d’eau dans l’océan, comparés aux plus gros émetteurs de CO2 que sont la Chine, les Etats-Unis, la Russie ou l’Inde,… Ce n’est pas faux, puisque les activités françaises ne sont responsables que de moins de 2% des émissions mondiales. Néanmoins, la hausse des 2°C concernera tout le monde et pas uniquement les plus gros pollueurs. L’enjeu est planétaire, d’où l’importance de la COP21 en décembre ».

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