écologie

Comment améliorer le bilan carbone de notre consommation ?

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Aujourd’hui la France émet relativement peu de gaz à effet de serre par habitant et réduit ses émissions conformément aux engagements européens. Des progrès ont également été réalisés pour améliorer le bilan carbone de l’appareil productif. Néanmoins de nombreux observateurs indiquent que des efforts supplémentaires méritent d’être entrepris.
Selon l’Ademe, si la transition écologique perdure, l’empreinte carbone des Français peut être réduite de 17% en 2030 par rapport à 2007. Atteindre ces objectifs suppose des changements de l’économie et des modes de vie.

Ainsi trois grands facteurs de changements sont à considérer pour réduire l’empreinte carbone :

  • Agir en priorité sur les deux secteurs les plus impactant : le bâtiment et la mobilité.
  • Développer l’usage des transports en commun pour atteindre 28 % des déplacements en 2030 contre 21 % aujourd’hui, mais aussi encourager le vélo, la marche, l’autopartage et le covoiturage.
  • Allonger la durée de vie des produits et développer des filières de réemploi, de récupération et de valorisation.

Patrice GEOFFRON, Professeur à l’université Paris Dauphine

Patrice GEOFFRON,

Depuis le début de l’ère industrielle, il y a deux siècles, le monde a connu une formidable croissance économique, mais au prix d’émissions de CO2 (liées à la combustion du charbon, du pétrole et du gaz) qui menacent très gravement le climat. Il n’est désormais plus possible de produire et consommer sans tenir compte de l’empreinte carbonée de nos actions et il nous faut donc apprendre à « compter » et à nous adapter. La loi de 2015 sur la transition énergétique prévoit, notamment, de réduire les émissions de CO2 de 40% en 2030 et de consommer 30% d’énergies fossiles en moins. Il est également prévu d’accroître la taxe « carbone » qui est destinée à orienter nos choix vers des consommations moins carbonées : elle coûtera 100 €/tonne en 2030. Cette transition prendra du temps. Elle comportera des coûts: changer de voiture pour un véhicule hybride ou électrique, améliorer l’efficacité « thermique » de son logement. Et, pour les produits de grande consommation, les plus vertueux ne sont pas forcément les moins chers … Mais, tous ces efforts peuvent conduire à réorienter les consommations au profit de produits inscrits dans des circuits courts, c’est-à-dire plus largement élaborés en France et, donc, plus riches en emplois localisés dans l’Hexagone. Etre attentif au carbone peut, progressivement, bénéficier à la fois aux entreprises françaises et à leurs salariés.

Guillaume Bonnentien, Responsable de projets RSE chez EcoAct – expert énergie-climat

Guillaume Bonnentien


Les bénéfices des actions de réduction des émissions de GES sont multiples. Ils sont d’abord financiers. Que ce soit un particulier ou une entreprise, une action d’efficacité énergétique va permettre de réduire directement et de façon pérenne sa facture. Mais il y a également un nombre incalculable de co-bénéfices environnementaux et sociaux spécifiques à chaque action d’atténuation (amélioration du confort de vie, diminution de la pollution atmosphérique, création d’emplois locaux…).

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Un bilan carbone amélioré pour les grandes entreprises françaises

La plupart des grandes entreprises françaises ont obtenus des résultats significatifs dans la réduction de leurs émissions de CO2.

  • En travaillant à l’amélioration énergétique de ses bâtiments et de ses data centers, Atos réduit ses émissions de 800 000 tonnes équivalent CO2 chaque année.
  • Grâce à de nombreuses mesures de réduction des émissions sur l’ensemble de la chaîne de production, Renault améliore son bilan de 800 millions de tonnes C02 e/an.
  • Le remplacement de matériaux et l’allègement des emballages de certains produits de la marque permettent à Danone de réduire son impact carbone de plus de 14 000 tonnes de CO2 e/an
  • L’amélioration des procédés industriels a permis à Schneider de réduire le taux de fuite de gaz SF6, dont le potentiel de réchauffement global est 22 800 fois supérieur au CO2, de 4% à 0,47% entre 2008 et 2014.

La réduction de l’empreinte écologique est un véritable enjeu pour les entreprises françaises. Nous avons interrogé nos intervenants sur cette question.

Points de vue
Point de vue : Comment les entreprises, en particulier dans le domaine de l’agroalimentaire, peuvent-elles réduire leur empreinte carbone ?

Patrice GEOFFRON, Professeur à l’université Paris Dauphine

Patrice GEOFFRON,

Comme l’industrie agroalimentaire opère des processus de transformation complexes à partir de matières premières agricoles, la réduction de l’empreinte carbone peut être opérée à tous les niveaux de la « chaîne de valeur » : dans les usines au stade de la production de chaleur et de froid (via des équipements plus efficaces énergétiquement ou en produisant une partie de l’énergie, renouvelable, sur site), en réduisant les circuits logistiques (à la fois pour les produits finis, mais également pour les produits intermédiaires qui parcourent parfois de très longues distances), en simplifiant le conditionnement des produits, en valorisant les déchets (par exemple pour produire du biogaz). Ces industriels doivent anticiper, à mesure de la diffusion d’un étiquetage carbone à l’avenir, une évolution des attentes de consommateurs qui pourront alors discriminer les produits non pas seulement en fonction de l’attrait de leur emballage, mais également en considérant l’empreinte carbone affichée…

Guillaume Bonnentien, Responsable de projets RSE chez EcoAct – expert énergie-climat

Guillaume Bonnentien

« Les habitudes de consommation évoluent, les entreprises font l’objet de nombreuses pressions qui peuvent les exposer à des risques économiques et financiers à court et moyen terme. Les clients plus sensibles à l’environnement optent pour des produits et services plus respectueux des personnes et de la planète, les fournisseurs, sous-traitants et autres acteurs sont soucieux de travailler avec des entreprises engagées et responsables, les investisseurs se tournent vers les entreprises impliquées dans les nouvelles productions (éco-conception, éco-activités…), et la réglementation se fait plus contraignante (audit énergétique, bilan GES, …).
Aujourd’hui, un industriel doit prendre en compte tous ces éléments pour poursuivre une activité pérenne et respectueuse de l’environnement. Cela peut passer par les actions suivantes :

  • Récupérer la chaleur produite
  • Utiliser des technologies efficientes et peu énergivores (pour la production de froid, d’air comprimé, les lignes de conditionnement…)
  • Travailler en amont sur son approvisionnement en matière première et choisir des matières premières moins émettrices (protéines animales plus sobres en carbone, légumes de saison, choix de l’huile alimentaire, conservation réfrigérée plutôt que congelée…)
  • Valoriser les coproduits fournisseurs 1
  • Eco-concevoir les emballages
  • Mettre en place un logiciel d’optimisation des tournées (approvisionnements et usines) pour limiter les transports à vide et favoriser la multi modalité
  • Améliorer l’éco-efficience des sites de production et développer l’écologie industrielle et territoriale
  • Favoriser le déploiement de nouveaux modèles économiques basés sur l’économie circulaire : en développant les filières de récupération et de valorisation massive de ces emballages par exemple.»

1 Un coproduit est une matière créé en même temps que la fabrication d’un produit principale, utilisable pour un usage particulier, comme les tourteaux de colza résultant de la fabrication d’huile et utilisés pour l’alimentation animale.

 

Points de vue
Par quelles actions concrètes les citoyens peuvent-ils contribuer à réduire leur bilan carbone ?

Guillaume Bonnentien, Responsable de projets RSE chez EcoAct – expert énergie-climat

Guillaume Bonnentien

Au-delà des éco-gestes indispensables du quotidien (éteindre la lumière en quittant la pièce, ne pas laisser les équipements informatiques et HIFI en veille mais les éteindre, faire du covoiturage, privilégier le vélo et les transports en commun, …), je vais vous donner des actions clés qui peuvent vraiment faire une différence !

  • Privilégier une alimentation responsable avec des produits de saison et de proximité
    L’alimentation pèse très lourd dans notre empreinte carbone. En changeant nos habitudes alimentaires, nous pourrons réduire notre contribution à l’effet de serre. En tant que consommateurs responsables, nous pouvons orienter nos choix vers des produits moins émetteurs de gaz à effet de serre et limiter le gaspillage alimentaire.
  • Réduire, réutiliser, recycler, réparer, partager… :
    Cela passe par apprendre ou réapprendre à bien trier les déchets (ampoules, carton, textile…) ; à composter en ville (avec un lombricomposteur à la maison, ou dans des composteurs collectifs) ou dans son jardin ; à réparer, réutiliser dans un Fab Lab ; partager plutôt qu’acheter…

 

Patrice GEOFFRON, Professeur à l’université Paris Dauphine

Patrice GEOFFRON,

Le citoyens sont déjà familiarisés avec certaines performances environnementales de leurs achats, notamment au moment de faire l’acquisition d’un logement, d’une voiture, de produits d’électroménager, … Certains sites, notamment celui de la SNCF, leur permettront également de comparer les émissions liées à différents modes de transport. Mais il faut bien admettre que, pour l’heure, beaucoup d’achats se font « à l’aveugle », c’est-à-dire sans indication de l’empreinte carbone : s’il est possible de choisir des ampoules plus ou moins performantes, il n’est généralement pas envisageable pour l’instant de comparer des yaourts entre eux. Le Grenelle de l’Environnement a prévu l’expérimentation d’un étiquetage « carbone » sur les produits du quotidien et l’Union européenne travaille également en ce sens. Il est toutefois possible d’acquérir dès à présent quelques réflexes : des produits régionaux seront transportés sur des distances plus réduites que ceux produits au bout du monde (d’où l’intérêt de manger des fruits de saison), des emballages allégés (par comparaison avec d’autres plus sophistiqués) présenteront une empreinte plus limitée, des emballages plastiques seront plus légers que des conditionnements en verre (et donc leur transport nécessitera moins d’énergie),… Surtout, les consommateurs devront veiller à la « fin de vie » de leurs produits en triant leurs déchets pour permettre leur recyclage ou, éventuellement, la production d’énergie à partir de cette ressource. Il faut bien avoir conscience que, pour l’ensemble de la société, cet apprentissage collectif prendra du temps. D’autant qu’il ne s’agira pas uniquement de veiller au contenu carbone, mais d’apprécier également la manière dont d’autres ressources (eau, biodiversité, …) sont susceptibles d’être aussi impactées. La grande distribution a un rôle essentiel à jouer de sensibilisation et d’accompagnement dans cette démarche. Mais, malgré ces difficultés, force est de constater que certains parties de l’Europe (Grande-Bretagne, Scandinavie, …) sont d’ores et déjà assez avancées.

 

Points de vue
Comment inciter le citoyen à réduire le bilan carbone lié à sa consommation ?

Gilles Mergy, délégué général de l’ARF

G. Mergy

Il existe toute une palette de moyens pour atteindre cet objectif majeur pour la transition énergétique, du plus incitatif au plus contraignant. Les décisions sur la fiscalité carbone sont du ressort du gouvernement. Mais les démarches participatives pour inciter les citoyens à modifier leurs habitudes restent très efficaces, pour peu qu’elles soient partagées dans leurs objectifs et les moyens pour y parvenir.
Ces dernières années les Régions ont multiplié les initiatives pour inciter les citoyens à changer de comportement. Elles le font déjà sur leur patrimoine immobilier propre, celui des lycées. Ainsi, les Régions ont revu leurs marchés d’énergie pour améliorer le bilan carbone de chaque lycée. Elles se mobilisent bien sûr aussi au travers de leurs investissements dans les transports propres, en premier lieu les TER. Mais elles agissent aussi pour rénover les logements et encourager les modes de vie durables. Ainsi, l’ambitieux plan « 100.000 logements » porté par la Région Nord-Pas-de-Calais dans son chantier de 3e révolution industrielle. Le programme Effilogis de la Région Franche-Comté pour accompagner les ménages à toutes les étapes de la rénovation énergétique de leur logement. Ou l’action Ecowatt en Bretagne, par laquelle les citoyens réduisent eux-mêmes leur consommation en période de forte pointe sur le réseau électrique.

La compensation carbone, une solution ?

La compensation carbone est un processus volontaire qui permet aux particuliers et aux entreprises qui veulent lutter contre le réchauffement climatique de financer des projets de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pour concrétiser leurs actions, ces acteurs peuvent réaliser un projet dans un pays en voie de développement ou en France.

Plusieurs types de projets peuvent être financés :

  • Captage de méthane
  • Boisement et reboisement
  • Développement des énergies renouvelables et de solutions de substitution énergétique (solaire, hydraulique, éolien, etc.)
  • Efficacité énergétique

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