Comment rester la première destination mondiale ? Le tourisme étranger en France.

Comment rester la 1ère destination mondiale ? Le tourisme étranger en France

Bien que la France soit encore et toujours la première destination mondiale devant les Etats-Unis, la Chine ou bien encore l’Espagne, elle ne se classe qu’en troisième position en ce qui concerne les recettes provenant du tourisme international.

La France est en haut du classement mais elle voit son nombre de concurrents augmenter. Barack Obama ne s’en cache pas, il souhaite détrôner la France. Il a ainsi annoncé il y a peu qu’il prendrait toutes les mesures nécessaires pour simplifier la venue des touristes sur le territoire américain, notamment dans les aéroports.
L’objectif est d’atteindre les 100 millions de visiteurs chaque année d’ici 2021 avec pour cibles principales les Chinois et les Brésiliens. L’évolution se fait déjà ressentir : de 55 millions de touristes étrangers en 2009, les États-Unis sont passés à 70 millions en 2013 !

En 2012, alors que les Etats-Unis engrangeaient près de 100 milliards d’Euros de recettes provenant des touristes étrangers, la France ne bénéficiait que de 41,7 milliards. Elle se situe derrière l’Espagne qui approchait des 44 milliards d’Euros alors que celle-ci n’était que la quatrième destination mondiale pour le nombre de visiteurs internationaux accueillis. La France a donc encore beaucoup à gagner du tourisme mais pour cela, il lui faudra conserver sa place de leader et ne pas se reposer sur ses lauriers…

En effet, selon l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), la France doit atteindre 140 millions de touristes d’ici 2030, elle en accueille 83 millions aujourd’hui, si elle veut rester le leader mondial du Tourisme. Elle souffre de la concurrence de pays qui ont structuré et marqueté leurs offres touristiques. Les études récentes classe la France au 7ème rang du classement en termes de « compétitivité touristique ».

Du 26 Novembre 2013 au 10 Février 2014 ont eu lieu les Assises nationales du Tourisme.
Cette consultation a mobilisé les acteurs publics et privés du secteur mais également les particuliers. Près de 2 700 personnes ont participé à cette consultation. L’objectif de ces Assises est simple : la France doit conserver son statut de première destination mondiale du tourisme devenir 1ère en termes de recettes touristiques en Europe.

Fleur Pellerin, la secrétaire d’État à la promotion du Tourisme et au Commerce Extérieur a rendu public les « cinq priorités » pour «un nouveau départ pour le tourisme », le 19 juin :

  • Vendre la destination France en instaurant cinq pôle d’excellence et ainsi augmenter la visibilité à l’international autour de la gastronomie/œnologie, la montagne/sport, de l’écotourisme/itinérance, du tourisme autour des savoir-faire français et du tourisme urbain/nocturne. De plus, l’objectif est de mettre en place une stratégie marketing pour « vendre » la France. Il s’agit de créer des marques jouissant d’une forte notoriété comme Paris, French Riviera, French Alps & Mont Blanc, Bordeaux & the Wine regions, Normandy, Loire Valley.
  • Améliorer « la chaine de l’accueil » dans les grands pôles d’arrivé internationaux comme l’aéroport de Roissy ou encore la Gare du Nord en créant, notamment, des pictogrammes communs. Etendre la formule « visas en 48H00 » aux pays du Golf et à l’Inde. Mais surtout en renforçant la sécurité dès 2014 sur les principaux sites touristiques avec une augmentation de 20% des effectifs policiers.
  • Renforcer le numérique, qui doit être « la nouvelle donne du tourisme ».
  • Améliorer la Formation des professionnels du tourisme avec la volonté de la création pour la rentrée 2015, d’un baccalauréat technologique hôtellerie-restauration.
  • Rendre les vacances plus accessibles à un large public en aidant les ménage modeste à préparer leur projet de vacance et leur proposer des offre à prix réduit.
  • Simplifier les normes applicables aux professionnels, introduire un volet tourisme dans les « années croisées » et créer un Conseil de la promotion du tourisme qui sera en charge de définir un « Plan Tourisme » pour 2020.

Atout France, l’Agence de développement touristique de la France à l’étranger, est appelée à jouer un rôle clé pour atteindre ces objectifs. Nous avons rencontré son directeur, Christian Mantéi.

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Interview Christian Mantei

Directeur Général Atout France

« La France doit réussir à capter l’augmentation des flux touristiques internationaux qui doivent doubler d’ici 20 ans. »

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Quelles actions mettez-vous en place afin d’attirer les touristes étrangers en France ?

Une des particularités d’Atout France est son fonctionnement partenarial. Nous collaborons avec plus de 1200 entreprises et institutionnels du tourisme français pour les accompagner au quotidien dans leur développement. Nous les accompagnons aussi bien sur des projets territoriaux que sur leur promotion à l’international.
A titre d’exemple, certaines filières comme l’œnotourisme/gastronomie, le tourisme urbain, la culture, sont porteuses, elles sont un axe majeur de communication à l’international. Nous fédérons donc les partenaires qui le souhaitent autour de clusters thématiques, ce qui leur permet de mener conjointement des actions de promotion sur les marchés qu’ils ont définis comme prioritaires pour leur secteur.

Quelles sont les plus grands atouts de la France pour attirer autant de touristes ?

Le 1er atout de la destination France est la diversité de son offre qui peut correspondre aux envies de tous types de clientèles : littoral, montagne, ville, campagne sans oublier les destinations ultra-marines. Cette diversité, ainsi que les différentes gammes de produits proposées (hébergements, activités, restauration), permettent également de satisfaire toutes les attentes. L’offre culturelle, le patrimoine ainsi que l’art de vivre à la française constituent une image positive qui participent à la notoriété de la France. Enfin, l’accessibilité, est un atout indéniable de la France. Les aéroports parisiens représentent le 1er groupe aéroportuaire européen pour le transport de passagers et les connexions avec les autres aéroports, gares TGV, ou réseau routier facilitent largement les déplacements des visiteurs internationaux vers l’ensemble des destinations.
L’année 2014 sera marquée par la tenue de grands événements en France (commémorations du Centenaire de la 1ère Guerre Mondiale et du 70ème anniversaire du Débarquement, Jeux Equestres Mondiaux en Normandie…). Ces événements sont très positifs car ils offrent une image dynamique de la destination et incitent les visiteurs à venir et revenir en France.

Quelles différences de traitement faites-vous entre les BRIC, marchés porteurs pour la France, et les pays acquis au tourisme français (Allemagne, Etats-Unis) ?

Afin d’accroitre la compétitivité du tourisme français et les revenus générés, nous avons identifié plusieurs cibles de clientèles : les seniors et les jeunes des pays dits « matures » à fort potentiel, ainsi que les classes moyennes supérieures des pays émergents.
Plus de 2 000 opérations de promotion sont mises en œuvre chaque année en France et à l’international à destination du grand public, de la presse et des professionnels : campagnes de communication, relations presse, actions d’e-marketing, organisation d’événements, actions BtoB…
Concernant les marchés matures nos bureaux à l’international mènent des actions ciblées pour promouvoir la diversité de l’offre touristique française. L’objectif est de fidéliser ces clientèles fidèles en leur donnant la possibilité de découvrir d’autres facettes de la France, de nouvelles destinations et de répartir ainsi ces flux de visiteurs sur le territoire. A titre d’exemple, nous avons organisé cette année une très grosse opération, le salon Rendez-vous en France, à Clermont-Ferrand. Plusieurs tour-opérateurs ont notamment été invités à venir découvrir l’offre touristique de l’Auvergne qu’ils connaissaient mal, à l’occasion d’éductours thématiques sur le patrimoine volcanique, culturel et gastronomique.

Le tourisme des visiteurs en provenance des marchés BRIC connaît aujourd’hui une croissance à deux chiffres. Ces clientèles font donc partie de nos priorités. Cependant, afin les accueillir et les fidéliser, une adaptation de notre offre est nécessaire : développement de dessertes aériennes, facilités d’obtention de visas, communication dans leur langue et connaissance de leurs spécificités culturelles.
Nos bureaux à l’international mettent tout en place toute pour accroître la notoriété de la destination France et attirer ces clientèles à fort potentiel et pouvoir d’achat. A titre d’exemple, notre bureau en Chine est très actif sur le réseau social Weibo puisque le compte de la destination France compte déjà près d’1 million de fans (996 354 au 18 juin).
Par ailleurs, Atout France est également attentive à un autre type de marché. Les CIVETS (Colombie, Indonésie, Vietnam, Egypte, Turquie, Afrique du Sud) qui sont désormais identifiés comme les prochains relais de croissance, d’autant que de nouvelles dessertes aériennes sont mises en place.

Quel est l’impact du tourisme sur le développement des activités (transports, infrastructures…) ?

Le tourisme est un vecteur de développement et de structuration des territoires qui touche quantité de secteurs : transport, commerce, hébergement, restauration, accessibilité, culture, développement durable…
Plusieurs partenaires nous sollicitent pour qu’Atout France les accompagne dans des projets privés et publics de création et de développement d’hébergement, d’équipement ou de services comme sur des projets de développement territorial. A titre d’exemple, la structuration de la destination touristique Massif des Vosges ou encore le schéma de développement durable de la ville du Havre sont autant de projets de développement auxquels Atout France a contribué.

La France est la première destination au monde mais, seulement troisième en terme de recette, très loin derrière les Etats-Unis et l’Espagne. Quelles sont les raisons de cet écart et comment la France peut y remédier ?

La France doit réussir à capter l’augmentation des flux touristiques internationaux qui doivent doubler d’ici 20 ans. Notre objectif est effectivement de devenir la 1ère destination européenne en termes de recettes pour maintenir le niveau de compétitivité de la France. C’est un point qui a été abordé lors des Assises du Tourisme dont les conclusions ont été communiquées par Laurent Fabius et Fleur Pellerin le 19 juin dernier.
Nous pouvons et devons faire mieux pour développer l’attractivité de la France : c’est un enjeu majeur.

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Marseille, capitale européenne de la culture 2013 – Crédit photo : BORIS HORVAT / AFP

Paris ville Lumière, Paris ville du luxe, de la Mode et capitale culturelle s’il en est…. Oui, Paris constitue une excellente vitrine pour la France. Ses monuments sont célèbres aux quatre coins du monde et attirent autant de touristes étrangers que français….. Cette année, Paris conserve son titre de capitale du Tourisme avec 32,3 millions d’arrivées. Néanmoins Londres passe devant Paris en ce qui concerne le nombre de touristes étrangers reçus avec 16 millions, contre 15,5 pour Paris.

Attirer les touristes étrangers n’est pas que l’affaire de l’Etat. Si aucune ville française n’a le potentiel touristique de Paris, toutes ont vocation à développer leur image à l’étranger. Et elles le font ! Le dernier exemple frappant est celui de Marseille. Profitant de son statut de capitale européenne de la culture en 2013, la cité phocéenne a fait parler d’elle à travers le monde, allant jusqu’à être décrite dans le New York Times comme la « capitale secrète de la France ».

La ville de Strasbourg, ville européenne par excellence, est un autre bon exemple d’une destination qui attire à la fois Français et étrangers. Ainsi, elle a su se positionner dans le paysage touristique français et promouvoir autant son célèbre marché de Noël que son statut de capitale européenne. Patrick Gény, Directeur de l’Office de tourisme de Strasbourg et sa région, nous a détaillé les atouts de sa ville et les initiatives mises en place pour la faire rayonner.

Le marché de Noël de Strasbourg– crédit photo : Hemis.fr/ MATTES RENÉ

Interview Patrice Geny

Directeur de l’Office de tourisme de Strasbourg et sa région

« Certaines contrées sont assez éloignées du sujet franco-allemand, comme la Chine par exemple. On valorise, alors, la dimension capitale européenne. »

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Strasbourg est capitale européenne, mais peut-on également parler d’une capitale touristique ? Pouvez nous donner quelques chiffres en termes de tourisme ?

Strasbourg fait partie, je pense, des capitales touristiques européennes avec environ 8 millions de visiteurs, 10.000 chambres en secteur marchand, des sites de visites parmi les plus fréquentés en France. Par exemple, la visite de Strasbourg en bateau représente chaque année 800 000 passagers. Egalement, les 10 musées de la ville de Strasbourg comptabilisent 500.000 visiteurs…

Est-ce un atout « touristique » d’être capitale européenne ?

Il ne fait aucun doute que la dimension européenne représente un double avantage. Tout d’abord, c’est un atout touristique indéniable ; Strasbourg est siège du Parlement européen mais également d’une dizaine d’autres institutions européennes (Conseil de l’Europe, Cour européenne des droits de l’Homme…). Par ailleurs, par ce rôle « image » de Capitale européenne apporte des retombées de séjours. De plus, nous valorisons également le quartier européen depuis peu en tant que quartier à visiter.

Une ville au passé franco-allemand telle que Strasbourg peut-elle être ambassadrice de la France à l’étranger ?

Nous mettons en avant notre passé de ville souvent déchirée à travers les siècles pour montrer comment on peut construire l’Europe. La réconciliation franco-allemande est un bon exemple de ce qui est possible de faire. Mais nous parlons surtout de la dimension internationale de la ville quand nous partons à l’étranger ; certaines contrées sont assez éloignées du sujet franco-allemand, comme la Chine par exemple. On valorise, alors, la dimension capitale européenne

En tant que ville frontalière, les actions menées par la ville s’adressent-elles autant à l’Allemagne qu’à la France ?

Non, en tout cas pas en termes de promotion touristique. Notre première clientèle est la France. L’Allemagne reste la première clientèle étrangère mais sa part de marché diminue au profit de nouveaux marchés comme les BRICs ou les pays d’Europe de l’Est, qui représentent un fort potentiel.

Une des vitrines de la ville de Strasbourg est son marché de Noël qui attire énormément. Ainsi, celui-ci s’exporte à l’international, que ce soit en en Asie, ou en Europe. Pourquoi et comment exportez-vous le marché de Noël à l’étranger ?

C’est aujourd’hui la manifestation qui nous permet de communiquer à l’étrange. Il s’agit d’une tradition vieille de 400 ans, qui joue sur féerie de Noël avec ses illuminations, des animations pour les enfants, des produits artisanaux authentiques…

Le marché de Noël de Strasbourg est l’évènement le plus long, 32 jours, et le plus visité en France avec 2 millions de visiteurs. Il représente 250 millions de retombées économiques. En l’exportant nous promettons de faire vivre à d’autres un évènement qu’ils n’ont jamais vu et qu’ils ne reverront jamais après. On apporte tous les éléments sur place : les chalets, les produits, les illuminations, les décorations, les artisans, les animations…

Est-ce la France que les étrangers imaginent à travers ce marché ? Que retrouvent-ils de la France au marché de Noël ?

Cela n’est pas évident, les marchés de Noël sont une tradition rhénane et non pas française. On en retrouve un peu partout aujourd’hui mais les plus anciens et les plus authentiques en Europe sont plébiscités. Mais, c’est à Strasbourg que l’on retrouve cette tradition de Noël alliée à l’« art de vivre » à la française. C’est ce qui plait je pense aux étrangers. Par exemple, beaucoup d’allemands viennent pour les marchés de de Noël à Strasbourg alors qu’ils en ont énormément chez eux.

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