Culture

La culture, une source de plus-value pour nos régions ?


La culture peut générer des externalités positives sur l’économie :

  • Elle est créatrice d’emplois : les branches culturelles contribuent à 3,2 % de la richesse nationale et emploient au total 670 000 personnes soit 2,5 % de l’emploi total en France, avec une concentration dans le spectacle vivant (150 000 emplois), la publicité (100 000) et la presse (87 000). Ainsi à l’échelle des régions, les investissements culturels peuvent favoriser la croissance et créer des emplois. La région Languedoc Roussillon compte 40 000 emplois culturels locaux et la région PACA 60 000 emplois.
  • La valeur ajoutée des entreprises culturelles s’élève à 57,8 Md€
  • Elle a un impact sur les acteurs locaux (revenus des ménages, ressources fiscales locales).
  • Elle a un impact indirect d’autres secteurs : hôtellerie, commerce, restauration…
  • Elle favorise l’implémentation de nouvelles entreprises ainsi que la mobilité de travailleurs et de familles dans la région

A titre d’exemple, près de 2000 festivals de musique viennent rythmer chaque année la vie culturelle de nos régions. Malgré un contexte économique difficile pour les Français, leur popularité ne faiblit pas. La fréquentation totale des festivals de musiques actuelles a augmenté de 23% en 2014 comparé à l’année précédente (étude Télérama déc. 2014).

    • Le Festival d’Avignon qui engendre 1 000 emplois, génère 23 millions d’euros de recettes sur la ville et les communes environnantes.
    • Pour 1 euro investi dans le cadre du festival les Eurockéennes de Belfort, on estime à 6,90 euros les retombées économiques.
    • Le Festival de Cannes, avec un budget de 20 millions d’euros, engendre plus de 200 millions d’euros de retombées économiques, tout en créant 3 160 emplois. (Chiffres France Créative – EY)

Xavier Dupuis Économiste de la culture – Université Paris Dauphine

C’est une activité qui a incontestablement des effets positifs sur l’économie territoriale et locale. On peut toujours essayer de mesurer l’impact des activités culturelles, c’est ce que l’on appelle les études d’impacts. Les résultats sont toujours un peu aléatoires mais il est évident qu’une activité d’un festival par exemple participe à l’économie locale, il suffit de se rappeler de l’été 2003 avec la grève dans le domaine du spectacle vivant lié au conflit des intermittents du spectacle ; cela avait provoqué l’annulation de nombreux festivals comme celui d’Aix-en-Provence ou encore celui d’Avignon. Les commerces locaux, l’hôtellerie, la restauration avaient largement pâti de ses annulations, donc c’est une évidence que la culture participe à l’économie d’un territoire. Il y a de nombreux problèmes techniques pour la mesure de l’impact économique de la culture. Tout dépend des définitions et des méthodes adoptées pour les calculs, donc on peut trouver des chiffres complètement différents et on ne peut pas dire qu’1 euro investi dans la culture crée précisément 10 euros de retombées économiques. On pourra trouver des chiffres extrêmement différents car ils sont totalement dépendants de la méthode utilisée et son contenu. Il est difficile de généraliser.

Karine Gloanec Maurin – Extrait Interview –
Présidente de la Commission Culture de l’ARF, Présidente de la Région Centre

Karine Gloanec Maurin

L’action publique n’a pas pour objet d’être rentable, c’est une vision du monde de vouloir investir toujours avec un retour sur investissement. Pour la culture, il faut voir à très long terme, s’engager et se mobiliser pour qu’il y ait un service destiné au public qui soit le plus ouvert possible. L’action publique se distingue de l’action d’une entreprise, l’objectif est d’amener une offre de service pour les habitants et les gens sur les territoires qui soit la plus large possible. Le retour sur investissement est important quand on analyse bien car cela créé de l’emploi, de l’attractivité du territoire, de la cohésion sociale. Mais c’est d’abord une volonté politique de vouloir accompagner tous nos concitoyens à l’émancipation, à l’ouverture sur le monde et à l’ouverture sur la création.
Aujourd’hui les territoires, les collectivités territoriales ont compris que le soutien à la création et au développement culturel faisait partie d’un engagement aussi important que le soutien au monde sportif par exemple, et à tout ce qui crée de la cohésion sociale sur le territoire. Ce soutien permet qu’il y ait un maillage sur le territoire d’offres culturelles, de salle de spectacles, de cinéma, de théâtre de rue. Les collectivités s’engagent parce que bien souvent elles ont fait le constat que c’est aussi une manière de retenir les populations sur certains territoires, ruraux autant qu’urbains. Au-delà de la cohésion sociale, une belle offre culturelle rend les territoires attractifs et les Français sont sensibles à ça.

Frédéric Charpagne – Maire-Adjoint et délégué à la culture à la mairie de Bourges

Frédéric Charpagne

Les impacts sont difficilement quantifiables. L’activité culturelle dans la ville de Bourges est étalée sur toute l’année. Nous organisons différents événements culturels forts, comme le lancement annuel du festival un Eté à Bourges au cours de la Fête de la Musique le 21 juin, qui a pour particularité de s’étaler sur 3 mois ce qui en fait un des festivals les plus longs de France. Il propose un spectacle gratuit par jour et permet de mettre en valeur le patrimoine culturel de la ville. Cette démarche permet de faire venir des touristes dans la ville. De plus notre célèbre festival le Printemps de Bourges qui fait la renommée de la ville est un événement incontournable ayant de fortes répercussions économiques. Cependant il faut bien noter que notre objectif reste avant tout d’apporter des prestations culturelles aux habitants en leur proposant des événements variés.

Françoise Nyssen – Présidente du Directoire d’Actes Sud

Françoise Nyssen

Les impacts liés à la présence d’Actes Sud à Arles sont énormes, toute l’année on fait des concerts, et il y a des gens qui viennent à Arles juste pour ça. On fait des grandes expositions, avec des artistes de renommée internationale, on participe aussi aux rencontres internationale de la photographie : cela génère du tourisme, des nuitées d’hôtel, et de la consommation dans les commerces. Ce qui a un impact considérable sur l’économie de la ville.
Notre activité d’édition emploie 300 salariés (dont les deux tiers sur Arles), cela fait que des familles s’installent, et ça engendre une repopulation du centre-ville qui est loin d’être négligeable.
Actes Sud est aujourd’hui la plus grande entreprise privée à Arles, y compris en termes d’emplois. A Arles, la richesse économique et intellectuelle de la ville, c’est la culture, à travers les industries culturelles. Le quartier dans lequel est implantée aujourd’hui Actes Sud était à l’abandon. Depuis notre implantation nous avons recréé une vie autour de nous, en développant de l’activité, en implantant d’autres structures. Petit à petit, tout le quartier est en train de se rénover.
Arles est un bonne exemple de ville dont l’économie vient de la culture, il y a également l’Ecole de photographie, les Rencontres de la photographie, les Rencontres du Sud, le Musée de la Rome Antique, le label Harmonia Mundi. Il y a une activité culturelle majeure qui participe beaucoup à l’économie locale.

Jérôme Tréhorel – Directeur Général du festival des Vieilles Charrues

Jérôme Tréhorel

Nous défendons des valeurs particulières à travers le festival. Nous tenons notamment à faire travailler les acteurs économiques locaux du territoire. Notre principe est de faire en sorte d’organiser le festival en travaillant avec des acteurs situés dans un premier cercle, à Carhaix, puis dans le Centre Bretagne, et enfin le département et la région. On arrive ainsi à organiser le festival avec 90% d’acteurs économiques de la région, c’est un vrai « plus » pour le festival.
Par ailleurs, nous avons fait une étude d’impact économique en 2011. Le budget du festival est de 13 millions d’euros (dépenses pour organiser l’évènement), parmi ses 13 millions, il y a autour de 4 millions d’euros de budget artistique. Tout ce qui est lié à la production, l’embauche, les achats, les denrées alimentaires et boissons, ce sont des achats qui sont effectués en majorité sur le territoire. Du fait de la tenue du festival, nous savons qu’il y a un peu plus de 4 millions d’euros qui restent sur le territoire régional. Par ailleurs, le festival génère chaque année 60 embauches à temps plein.

NB: Les séries statistiques concernant la fréquentation des festivals, musées et monuments sont parfois incomplètes. Cette infographie est basée sur les informations à notre disposition.

Si Paris est la première destination touristique du monde, c’est bien entendu grâce à son offre culturelle exceptionnelle, tant dans le domaine du patrimoine que dans le spectacle du vivant. Il en va de même pour l’attractivité touristique de nos régions. Patrimoine historique, musées, festivals sont autant d’arguments invitant les voyageurs français et étrangers de se déplacer aux quatre coins de l’hexagone.

Indice des prix à la consommation
Crédit photo : pcruciatti / Shutterstock.com

CAPITALES EUROPÉENNES DE LA CULTURE… ET DU TOURISME ?

« Capitale européenne de la culture », le titre attribué à une ou deux villes européennes chaque année depuis 1985 est devenu un véritable label. Il vient largement renforcer l’attractivité culturelle et touristique d’un territoire, notamment via de grands chantiers pérennes.

L’impact économique d’un tel événement est incontestable. A l’occasion de Marseille-Provence 2013, le titre convoité aura attiré près de 10 millions de visiteurs pour l’ensemble des événements sur tout le territoire, soit environ 2 millions de touristes supplémentaires par rapport à l’année précédente. Les expositions-phares auront drainé plus de 5 millions de visiteurs. Pour 102 millions d’€ investis dans le cadre de l’année Capitale, on a enregistré 500 millions d’€ de retombées économiques.
Sur le plus long terme, les retombées en termes d’image sont très prometteuses, modifiant durablement la perception de la ville. Marseille figurait dans le top five des Place To Go de l’année, plébiscitée par le New York Times et le site Trivago. Le taux d’occupation des chambres dans l’hôtellerie a grimpé de 7 % d’occupation des chambres. Enfin la ville a réussi à se positionner sur le plan international, accueillant touristes européens mais aussi américains et asiatiques. La fréquentation touristique internationale a ainsi atteint une hausse de 60% par rapport à 2012.

Points de vue
Quels liens peut-on faire entre investissement culturel et fréquentation touristique ?

Xavier Dupuis Économiste de la culture – Université Paris Dauphine

Il y a surtout des liens entre le patrimoine et le tourisme, à savoir le patrimoine historique, monuments historiques et musées, qui sont des facteurs importants pour le tourisme. Il suffit de voir à Paris, dans le programme d’un touriste à Paris il y a le Louvre, Orsay, Versailles, la Tour Eiffel aussi, et le patrimoine artistique est un facteur d’attractivité touristique extrêmement puissant. En Europe, il y a l’Espagne, l’Italie et bien sur la France qui est la première destination touristique, ce sont des pays qui sont riches de patrimoine. Les festivals, évidemment, quand ils ont un rayonnement qui dépasse leur zone géographique et leur implantation sont des facteurs d’attractivités. Le festival d’Avignon a un rayonnement national et même international. Il y a des gens qui viennent à Avignon pour le festival ce qui génère du tourisme dans la ville mais également dans la région. Il y a un donc un lien direct entre tourisme et culture, avant tout grâce au patrimoine mais aussi par le biais des plus grands festivals.

POUR ALLER PLUS LOIN...