Économie & société

Quelle est l’évolution du pouvoir d’achat des Français ces dernières années ?

2. Quelle est l’évolution du pouvoir d’achat des Français ces dernières années ?

D’après les statistiques de l’INSEE, si l’année 2014 a vu une légère embellie du pouvoir d’achat des Français, elle fait suite à 3 années consécutives de baisse. Aussi, la perte de pouvoir d’achat s’établit à ce jour à -1,1% par rapport à 2008, année qui avait vu le début de la crise. La plupart des analystes indiquent que nous devrions retrouver ce niveau en 2015, si le taux d’inflation se maintient à son niveau historiquement bas. D’autres observateurs dressent toutefois un portait plus sombre. Selon l’étude proposée par 60 millions de consommateurs en septembre 2014, ces 5 dernières années le pouvoir d’achat a diminué de 4% pour les ménages.

Hervé Péléraux – OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques)

Hervé Péléraux

D’abord, la croissance du revenu disponible non corrigé de l’inflation (on parle de revenu disponible nominal) a subi un très net ralentissement depuis l’entrée dans la crise en 2008. Le revenu croissait à un rythme moyen de 4,3 % par année entre 2000 et 2007 ; ce rythme est tombé à 1,5 % par an depuis 2008, ce qui correspond grosso modo à une division par 3 de la hausse. En cause, la baisse de l’emploi qui pèse sur la masse salariale, le ralentissement des salaires individuels qui subissent la perte de pouvoir de négociation des salariés face aux employeurs alors que le chômage est élevé et enfin la hausse de la pression fiscale mise en place par les gouvernements successifs à partir de 2010 pour réduire les déficits publics et qui ampute sévèrement le revenu disponible. Ensuite, si l’on prend en compte l’évolution des prix, la progression du pouvoir d’achat du revenu, passée de 2,4 % l’an entre 2000 et 2007 à 0,4 % depuis 2008, est quasi nulle depuis l’entrée dans la crise. Encore ces chiffres ne retracent-ils que l’évolution des masses globales. Dans le même temps, la population française et le nombre de ménages se sont accrus. En conséquence de quoi, la part du revenu global revenant à chaque ménage s’est contractée : le pouvoir d’achat par ménage a baissé de 0,5 % en moyenne par an depuis 2008. Au final, le revenu disponible réel par ménage n’est pas plus élevé aujourd’hui qu’en 2002.

Robert Rochefort – Eurodéputé

Robert Rochefort

Concernant l’indice utilisé pour le pouvoir d’achat par personne, il a diminué significativement entre 2011 et 2013. Il augmentera probablement de 0.5% par ménage en 2014 et de 0.6% en 2015.
Cette augmentation en 2014 et 2015 s’explique par la réduction des prix de l’énergie avec la baisse du prix du pétrole, ainsi que la baisse des prix des produits alimentaires et des vêtements (prix bas et promotions constantes).

Une autre raison va jouer pour 2015 : les impôts vont cesser d’augmenter et réduire pour certaines catégories de ménages. Comme le pouvoir d’achat comprend les revenus soustraits des impôts, celui-ci va augmenter.

Thierry Fabre, FaCe Conseil

Thierry Fabre

En 2014, les revenus ont à nouveau augmenté plus vite que les prix. La baisse des prix sur certaines catégories de produits et dans le domaine de l’énergie, liée aux cours pétroliers, explique en grande partie le redressement indéniable du pouvoir d’achat arbitrable. Mais nous restons toujours au-dessous du niveau de 2008. Dans l’hypothèse où cette conjecture se poursuive, on devrait voir une croissance de 0,8% en 2015 et 0,5% en 2016, ce qui permettra d’enfin dépasser le niveau de 2008. Il est probable que ce scénario d’inflation faible se réalise, mais la reprise reste fragile !

Jean Viard – Directeur de recherches CNRS au CEVIPOF, Centre de recherches politiques de Sciences Po.

Jean Viard

L’évolution du pouvoir d’achat est calculée sous la forme d’une moyenne, or cette moyenne n’est pas représentative de la population française. En effet, une partie de la population a connu une hausse des revenus et une autre partie a vu son revenu stagner ou baisser. L’écart entre les revenus ne cesse de se creuser. Les personnes appartenant à la classe moyenne ont vu leurs impôts augmenter depuis 2010, ce qui a eu pour conséquence de réduire les revenus et le pouvoir d’achat. Les revenus de la classe populaires ont eu tendance à diminué ces dernières années contrairement à ceux de la classe aisée.

Indice des prix à la consommation
Au niveau des régions, on peut constater que le revenu disponible brut, et par conséquent le pouvoir d’achat, n’a pas évolué de la même façon ces dernières années. En effet, si entre 2008 et 2012, la hausse moyenne s’est établie à 3%, elle n’est pas homogène, s’échelonnant de 1,1 à 5,1% en fonction des régions.

Hervé Péléraux – OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques) – Sciences Po

Hervé Péléraux

Les régions ne sont pas à égalité. L’Île-de-France est la plus favorisée, avec un revenu disponible nominal par habitant de 24 600 euros en 2011, contre 19 600 pour le reste de la métropole, soit un écart de 25 % en faveur de la région parisienne. La structure des emplois et des activités explique cette différence. Mais il ne faut pas oublier que le coût de la vie est plus élevé en agglomération parisienne, notamment le logement. Au final, un revenu moyen plus élevé, justifié par les surcoûts de résidence en Île de France, n’implique pas nécessairement un niveau de vie plus élevé.
La Lorraine, le Languedoc-Roussillon et le Nord-Pas-de-Calais se situent tout en bas de l’échelle, avec un revenu disponible moyen par habitant inférieur de 5 % à la moyenne métropolitaine hors région parisienne, avec tout en bas de classement le Nord-Pas-de-Calais où l’écart est de 11 %. Ces régions portent évidemment encore la marque de leur difficile reconversion après l’extinction de leurs bassins traditionnels d’activité depuis 40 ans.

Christophe Robert – Fondation Abbé Pierre

Hervé Péléraux

Il est évident que si on prend les prix des loyers ou de l’immobilier à l’achat, il y a des disparités à l’échelle du territoire. Les zones où le logement coûte moins cher à l’achat ou au locatif sont des zones où les prix sont bas. Mais dans les grandes villes attractives comme Paris et Lyon, l’immobilier reste cher. Cependant dans certaines zones périurbaines et rurales, la part du logement chez les ménages peut être plus élevée car on a à faire à des populations plus fragiles. Il y a des diversités de prix et coûts du logement mais il faut les analyser de plus près car parfois nous sommes dans une zone de désindustrialisation avec des ressources limitées, des minimums sociaux et des zones moins attractives au niveau de l’emploi.

L’inflation aura été négative en 2014. Elle le doit à la chute des cours du pétrole ainsi qu’à la baisse des prix des produits de grande consommation liée à la « guerre des prix » observée dans la grande distribution.

Thierry Fabre – FaCe Conseil

Thierry Fabre

Nous avons observé depuis fin 2013 une baisse des prix sur certaines catégories comme les produits de grande consommation (-1,2%). Cela pèse particulièrement, puisqu’ils représentent environ ¼ des dépenses arbitrables. Cela représente donc un gain de 0,3% de pouvoir d’achat effectif pour les consommateurs en 2014.

Il faut noter que la « guerre des prix » dans la grande distribution est souvent mise à l’index car elle serait déflationniste, une des grandes peurs de notre époque. Mais dans un contexte de faible hausse des revenus, elle aura contribué à préserver le pouvoir d’achat des Français. On constate en outre une corrélation statistique entre le moral des ménages avec la baisse des prix. Dans un contexte de prix bas, la propension à consommer augmente, se traduisant souvent par une montée en gamme dans les produits achetés.

Le pouvoir d’achat sur le blog de Michel-Edouard Leclerc

Si les prix de l’immobilier ont fortement augmenté au début des années 2000, cette tendance s’atténue depuis. Elle s’inverse même pour les villes moyennes où la surface où la surface achetable aujourd’hui pour un même budget corrigé de l’inflation se rapproche des chiffres de 1999.

Christophe Robert – Fondation Abbé Pierre

Hervé Péléraux

L’impact a été très important. Dans les années 80, 25% des dépenses des ménages étaient affectées à l’alimentation et 13% au logement. Depuis 4-5 ans ces chiffres se sont inversés. En effet la part du budget consacré au logement est devenue le premier poste de dépense des ménages en moyenne. Lorsqu’on parle de moyenne c’est-à-dire qu’il y a des personnes qui dépensent plus et d’autres moins. Par exemple, pour les catégories modestes les dépenses de logement peuvent représenter jusqu’à 35 à 40% du budget. Au fil des années, on constate que l’on a une précarisation des ressources, et une hausse du coût des logements. Les dépenses liées au logement amputent le pouvoir d’achat des ménages. Ce phénomène est lié à 3 facteurs :
– Les loyers ont augmenté de 50% depuis une dizaine d’années
– les charges ont augmenté avec le phénomène de la précarité énergétique
– Les prix de l’accession à la propriété immobilière ont doublé en 10 ans

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