Économie & société

Comment mesure-t-on le pouvoir d’achat ? Quels sont les indicateurs ?

1. Comment mesure-t-on le pouvoir d'achat ?

Quand on parle de pouvoir d’achat, l’une des principales difficultés est de savoir comment on le mesure. Chaque année, l’INSEE publie une série d’indicateurs statistiques détaillés basé sur des données macro-économiques.

Qu’est-ce que le pouvoir d’achat ?

Le pouvoir d’achat correspond à ce que les ménages peuvent consommer avec leur revenu. Il dépend du revenu et du coût de la vie. Son évolution est liée à celles des prix et des salaires.

Hervé Péléraux – OFCE

Hervé Péléraux

Le pouvoir d’achat, c’est la capacité d’achat de biens et de services par le consommateur procurée par une quantité donnée de monnaie. Cette quantité dépend du revenu disponible du consommateur, c’est-à-dire du revenu tiré de son activité professionnelle déduction faite des charges sociales et des impôts.

Plutôt qu’une appréciation du pouvoir d’achat à un instant donné, les préoccupations portent davantage sur sa croissance c’est-à-dire sur la capacité qu’a le consommateur à consommer davantage d’une année sur l’autre. Un des déterminants de l’évolution du pouvoir d’achat est l’inflation, qui est l’augmentation du prix moyen d’un panier de biens représentatif. Si les prix augmentent au même rythme que le revenu disponible d’une année sur l’autre, le consommateur ne peut rien acheter de plus et son pouvoir d’achat a stagné même si ses disponibilités monétaires se sont accrues. Pour que le pouvoir d’achat progresse, il faut que le revenu augmente plus vite que les prix. L’évolution du pouvoir d’achat est ainsi appréciée en termes « réels », c’est-à-dire déduction faite de l’inflation.

Le revenu disponible, qui est une grandeur macroéconomique, est mesuré par l’INSEE, institut en charge de la construction des comptes nationaux, à partir de données fiscales. L’inflation est aussi mesurée par l’INSEE qui calcule l’indice des prix à partir de relevés mensuels du prix des biens et services entrant dans la composition du panier.

On parle aussi de revenu disponible arbitrable. Il est calculé en retranchant au revenu l’ensemble des dépenses de consommation contraintes (loyer, chauffage, carburant, téléphonie/internet) sur lesquelles les ménages n’ont pas de prise à court terme. Les dépenses contraintes représentaient 30 % du revenu disponible des ménages en 2014.

« Pour que le pouvoir d’achat progresse, il faut que le revenu augmente plus vite que les prix. »

Robert Rochefort – Eurodéputé

Robert Rochefort

La principale critique à l’égard de cette mesure est le fait qu’on prend en compte le pouvoir d’achat global pour l’ensemble de la société. La population française augmente de 0.5% par an et de 1% en nombres de ménages. Le nombre de ménages augmente plus vite que la population à cause du vieillissement, des divorces, et de la montée de la vie célibataire… Il faut regarder l’évolution du pouvoir d’achat par ménage. En 2013 l’évolution du pouvoir d’achat global se situait à 0%. Si on fait intervenir le nombre de personnes il a baissé de 0.4% et si on fait intervenir le nombre de ménage il a diminué de 0.9%.

Thierry Fabre – FaCe Conseil

Thierry Fabre

A l’instar du PIB, l’indicateur du pouvoir d’achat a été créé pour des besoins macro-économiques, et pas forcément pour une communication vers le grand public. Pour être plus proches des évolutions de niveau de vie telles que perçues par les consommateurs, il est intéressant de se pencher sur les dépenses contraintes, comme les dépenses liées au logement, et les dépenses « arbitrables ». La part des dépenses contraintes avait fortement augmentée entre 1994 et 2008, grevant les sommes réellement disponibles pour la consommation quotidienne des Français.
Nous avions travaillé autour de cette notion en 2005 pour obtenir un nouvel indicateur, le pouvoir d’achat effectif des consommateurs (ou PAEC) avec E.Leclerc, qui pointe la part du pouvoir d’achat réellement disponible pour la consommation courante. L’INSEE propose désormais un indice équivalent appelé pouvoir d’achat arbitrable.

L’évolution du pouvoir d’achat est calculée pour l’ensemble des ménages comme la différence entre l’évolution des revenus des ménages et l’évolution de l’indice des prix. Ainsi deux indicateurs sont à considérer : Le revenu disponible Brut (RDB) et l’Indice des Prix à la Consommation (IPC).

Qu’est-ce que le Revenu Disponible Brut (RDB) ?

Robert Rochefort

L’indice général des prix à la consommation (IPC)

L’IPC représente l’instrument de mesure de l’inflation. L’IPC n’est pas un indice du coût de la vie mais c’est un indicateur représentatif de l’évolution des prix des produits selon la consommation moyenne de la population. Il est utilisé pour revaloriser les pensions alimentaires, les rentes viagères et les loyers d’habitation. Il permet aussi d’indexer le Smic et le Livret A.
Le principal reproche fait à l’IPC est de prendre en compte le coût du logement à hauteur de 6% seulement. L’INSEE considère que l’achat d’immobilier correspond non à une consommation mais à un investissement et intègre les seuls loyers dans son indice.

L’IPC par unité de consommation

La mesure de l’évolution du pouvoir d’achat fournit une image très globale de la société. Pour en avoir une vision plus précise et au plus proche de la réalité des ménages, l’Insee a décidé de réajuster le pouvoir d’achat en intégrant le pouvoir d’achat par unité de consommation.

La notion de pouvoir d’achat par unité de consommation vient du constat que dans un ménage donné, deux personnes qui vivent sous le même toit n’ont pas besoin d’un revenu double de celui d’une personne seule pour avoir le même niveau de vie. Par exemple, les dépenses liées au logement ne sont pas deux fois supérieures. Dans un foyer, le premier adulte compte alors pour une UC, une personne supplémentaire de plus de 14 ans pour 0,5 UC (0,3 UC pour celles de moins de 14 ans). Ainsi, en 2013, si le pouvoir d’achat de l’ensemble des Français a stagné, le pouvoir d’achat par unité de consommation, c’est à dire ramené à un niveau individuel, a diminué de 0,6%.

Indice des prix à la consommation

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