Qu’est-ce que le consommer local ?

1. Qu’est-ce que consommer local ?

Apparu pour la première fois il y a 10 ans, le terme « locavore » nous vient de l’Ouest américain. À l’occasion de la journée mondiale de l’environnement, Jessica Pentrice, une américaine de San Francisco mit au défi les habitants de sa ville de se nourrir exclusivement d’aliments produits à moins de 100 miles, soit 160km de chez eux. Une initiative isolée qui, depuis cette date, a rencontré un certain succès, un peu partout dans le monde et semble en passe de devenir un mode de consommation à part entière.

Le New Oxford American Dictionary définit un locavore comme une « personne qui recherche de la nourriture produite localement ».

Le Petit Larousse illustré décrit une « personne qui décide de ne consommer que des fruits et légumes locaux et de saison pour contribuer au développement durable ».

En théorie, un locavore est un consommateur qui fait le choix de consommer des produits et des aliments qui ont été fabriqués ou produits près de chez lui, dans un rayon allant de 100 à 250 kilomètres maximum. Souvent les locavores, alors appelés les « Marco Polo », tolèrent des exceptions, pour le thé, le café, le chocolat, les épices, etc…

Les principes à respecter

Pour devenir locavore au sens strict du terme, il y a donc quelques principes à respecter :

  • S’alimenter de produits ayant une distance limitée (généralement inférieure à 150 ou 250km) entre le lieu de production et celui de consommation (« circuits de proximité »)
  • Consommer uniquement des produits frais et de saison
  • Consommer des produits issus d’une production raisonnée, durable, écologique…

Eric Birlouez – Ingénieur agronome et sociologue

Eric Birlouez

La naissance du locavorisme repose sur cette prise de conscience des kilomètres parcourus par certains aliments, jusqu’à 10 000 km pour un simple yaourt aux fraises, avant de terminer dans nos assiettes. Ces pratiques apparaissent comme un non-sens sur le plan économique, environnemental et en termes de santé. Ce mouvement part du principe qu’il est meilleur de consommer local pour la planète, pour sa santé.

Jean-Louis Cazaubon – Vice-Président de l’APCA / Président de la Chambre d’agriculture de Midi-Pyrénées

Jean-Louis Cazaubon

Cette notion nous renvoie au vieil adage « nos emplettes sont nos emplois ». En réalisant un acte de consommation sur un territoire donné, on agit sur tout l’environnement économique et social et on maintient la valeur ajoutée sur ce territoire. Le locavorisme est aussi gage d’authenticité, de fraicheur et de qualité. Les circuits courts permettent ainsi de mettre en relation directe le producteur et le consommateur.

 

Il existe de nombreuses bonnes raisons de consommer local :

  • Pour préserver l’environnement : réduire son empreinte écologique en réduisant les transports.
  • Pour soutenir l’économie locale : Consommer local permet de soutenir les agriculteurs et producteurs et de soutenir l’emploi au niveau régional.
  • Pour faire des économies : bénéficier d’un prix avantageux lié à la proximité géographique du producteur, et consommer des produits de saison, soit au moment où ils sont au prix le plus bas car disponibles abondamment.
  • Pour préserver sa santé : certains végétaux peuvent perdre une partie de leurs vitamines au cours de leur transport ou leur stockage.

Jérôme Kohn -Directeur du CERVIA Ile-de-France

Jérôme Kohn

La notion de locavorisme, ce n’est pas un effet de mode, c’est du bon sens. La région Ile-de-France est une région de terres agricoles et de transformation alimentaire, qui est assez méconnue de sa propre population. L’idée de rapprocher le consommateur de la production et de la transformation régionale et locale c’est avant tout mettre du bon sens dans la relation économique et la relation de proximité. Nous avons de nombreux producteurs et transformateurs en Ile-de-France. Il est dommage que les produits issus d’Île de France partent sur d’autres régions alors qu’il s’agit du plus gros bassin de consommation en France voire en Europe.
Consommer des produits locaux, dans ses habitudes, là où c’est possible, en fonction de la saison, tendra à coûter le même prix que la consommation d’autres produits. En effet, l’économie de transport doit se retrouver dans le prix. Par ailleurs, à qualité égale, le produit régional n’est pas plus cher qu’un autre produit. Il faut justement insister sur la qualité.

Jean-Louis Cazaubon – Vice-Président de l’APCA / Président de la Chambre d’agriculture de Midi-Pyrénées

Jean-Louis Cazaubon

Consommer local, c’est un moyen pour le consommateur d’agir sur son environnement local d’un point de vue social et économique. Il vaut mieux avoir un impact sur son environnement immédiat en achetant au plus près du lieu de production et de consommation. Les jeunes générations sont réceptives à ce genre d’arguments. Pour les produits de saison, être locavore ne doit pas coûter plus cher et c’est un gage de fraîcheur, et de qualité. Par ailleurs, plus on est proche du lieu de production, plus on a une traçabilité importante car le producteur a une fiche d’identité. Qu’il s’agisse d’un service de vente en drive, d’une AMAP, d’une supérette ou d’un supermarché : le producteur peut fonctionner en partenariat avec un intermédiaire, en l’occurrence le distributeur, pour se retrouver dans les lieux où vont les consommateurs.
Avec le consommer local, il y a un interlocuteur en face, il n’y a pas d’anonymat : en matière d’alimentation c’est primordial.

Eric Birlouez – Ingénieur agronome et sociologue

Eric Birlouez

Globalement, les enquêtes révèlent qu’il y a une envie accrue des consommateurs de consommer local, en priorité des produits locaux pour les produits frais et transformés. Cependant, il y a une tendance vers l’exotisme alimentaire. Les personnes sont tentées par des plats qui changent des produits de saison et souhaite une variété dans l’assiette, ce qui peut paraitre contradictoire.
La consommation locale favorise une proximité géographique et une connaissance de l’origine du produit augmentant ainsi le sentiment de maîtrise et de contrôle du consommateur. Quand les produits sont importés, Ils ne font pas confiance à ces produits car les règles sanitaires peuvent être différentes et ils peuvent utiliser des pesticides, des engrais…

Marine Desorge – Chargée de mission alimentation – CLCV

Marine Desorge

Pour beaucoup de consommateurs, consommer local signifie manger en ayant un faible bilan carbone. C’est ainsi que de nombreux consommateurs s’imaginent que l’achat d’un aliment produit localement est forcément meilleur pour l’environnement. Pourtant, à ce jour, peu d’études le prouvent. Pour confirmer ou infirmer cette idée, il serait nécessaire d’étudier l’ensemble du cycle de vie de l’aliment : sa production, sa transformation, son conditionnement, son transport, etc. Ce qui n’est guère facile à faire. Les circuits courts ne sont pas forcément plus « écologiques » que les circuits longs.
Toutefois, il existe de nombreux avantages à consommer local. Par exemple, les producteurs engagés en circuits courts consomment souvent peu d’intrants ou sont en agriculture biologique. Ils permettent également le maintien d’une agriculture de proximité, en zone péri urbaine. Leur présence est donc un facteur de maintien du cadre de vie et de la biodiversité.
Au final, même si les moindres distances parcourues par les produits locaux ne suffisent pas à affirmer leur qualité environnementale, les circuits courts et la consommation de produits locaux constituent un élément de réponse incontournable au défi de l’alimentation durable.

Etienne Mercier

Etienne Mercier

Co-Directeur du Département Opinion

« Le sentiment de pouvoir agir à son niveau sur l’économie est de plus en plus important pour beaucoup. »

03-bouton-toggle

Quelles sont les motivations des français à « consommer local » ?

Les consommateurs veulent se sentir rassuré et ils en ont de plus en plus besoin. Et puis il y a une autre motivation qui devient de plus en plus forte. C’est celle de devenir ou redevenir des « Consom’acteurs ». Les Français qui achètent des produits locaux sont massivement convaincus que cette façon de consommer permet de faire marcher l’économie locale et pour eux, c’est essentiel. C’est une façon de reprendre d’une certaine façon la main sur la crise et d’aider l’économie de proximité à se développer. Ce sentiment de pouvoir agir à son niveau sur l’économie est de plus en plus important pour beaucoup.

Les Français sont-ils locavores ?

Ils ne consomment pas exclusivement local mais leur intérêt pour les produits locaux ne cesse de progresser. 1 Français sur 2 dit ne plus vraiment savoir de quoi se composent les produits alimentaires qu’il consomme et 47% des consommateurs ont le sentiment qu’il est difficile de se procurer des produits alimentaires sur lesquels ils se sentent entièrement rassurés. Ils avouent aussi ne pas comprendre les informations relatives à la composition des produits que l’on trouve sur les emballages et il semble que leur confiance dans les labels diminue un peu. Face aux manques d’information, beaucoup de consommateurs plébiscitent aujourd’hui le « made in » local comme moyen de se réassurer.

POUR ALLER PLUS LOIN...