Économie & société

Quelles sont les applications concrètes ?

1. Quelles sont les applications concrètes ?

On le voit, si le concept d’économie circulaire est relativement nouveau, ses principes font déjà largement partis de notre environnement économique. Que ce soit sous l’impulsion de l’Etat ou à l’initiative des entreprises, elle trouve déjà de nombreuses applications concrètes. Et sa place centrale dans le projet de loi sur la transition énergétique (renvoi vers le dossier énergie), qui sera débattu au Sénat en février 2015, devrait lui donner plus d’importance encore dans les années à venir.

La réalité de l’obsolescence programmée ?

Derrière le terme à priori simple et condamnable d’obsolescence programmée se cache une réalité plus complexe, comme l’explique Alain Geldron, de l’Ademe : « L’obsolescence programmée est un sujet débattu actuellement et représente un enjeu majeur. La notion d’obsolescence programmée dénonce des techniques de production permettant de fabriquer un produit de telle manière que sa durée de vie serait réduite. Ce type d’obsolescence programmée est condamné par la loi, mais il n’y a en vérité pas d’exemples concrets à ce propos. En effet il faut distinguer plusieurs types d’obsolescences programmées :

    • L’obsolescence technologique due à un changement de technologie qui peut provoquer un problème de compatibilité du logiciel sur l’ancien appareil ;
    • L’obsolescence liée au phénomène de mode : lorsque le consommateur souhaite obtenir le dernier équipement, comme dans le domaine des smartphones où l’on renouvèle quelques éléments de la technologie alors qu’on peut continuer à utiliser le produit de l’ancienne génération ;
    • L’obsolescence liée à la qualité des produits : dans une logique de réduction des coûts, la qualité des produits est susceptible d’être réduite. »

 

La Responsabilité Elargie du Producteur

Afin de développer le recyclage de certains déchets, il est nécessaire de les traiter de manière sélective. Les politiques de collecte sélective et de recyclage des déchets des ménages s’appuient pour partie sur les filières concernées par la de responsabilité élargie des producteurs (REP), une notion qui découle du principe « pollueur-payeur ».
Dans le cadre de la REP, les entreprises mettant sur le marché des produits nécessitant une collecte sélective et un traitement particulier sont contraintes d’en assumer la charge financière. Dans la plupart des cas, les entreprises se sont réunies dans des éco-organismes pour exercer cette responsabilité. On peut à titre d’exemple citer Eco-emballages et Adelphe pour les emballages ménagers, Ecofolio pour les papiers, Cyclamed pour les médicaments, Corepile et Screlec pour les piles et batterie… Ces éco-organismes perçoivent des contributions de la part des producteurs qui sont essentiellement reversées aux collectivités locales ou aux prestataires de collecte et de traitement des déchets concernés. Le montant global de ces contributions s’est élevé à 800 millions d’euros l’an dernier. Ainsi c’est en grande partie grâce à la REP que nous avons pu accomplir des progrès dans le domaine du recyclage.

La garantie étendue

Les récentes dispositions législatives renforcent la responsabilité des professionnels en favorisant le recours à la réparation et incitent les consommateurs à ne pas jeter les produits défaillants dont ils disposent. Depuis le 13 juin 2014 et l’entrée en vigueur de la loi sur la consommation (dite loi Hamon), le fabricant ou le magasin est présumé responsable de la panne d’un produit vendu jusqu’à 2 ans après l’achat (au lieu de 6 mois précédemment). Le consommateur n’a plus à prouver que la défaillance du produit existait au moment de l’achat pour bénéficier d’une réparation gratuite ou être remboursé contre retour du produit.

Cette mesure favorise également la lutte contre « l’obsolescence programmée ». En 2011, on estimait à 220 millions de tonnes le volume des déchets ménagers produits dans l’UE, soit un peu plus de 500 kilos par habitant. Le législateur a voulu inciter les fabricants à proposer des produits plus solides et plus fiables : le consommateur doit désormais être informé par le vendeur de l’existence et la durée de disponibilité de pièces détachées nécessaires à la réparation du produit, comme un lave-vaisselle ou une cuisinière.

L’Institut d’Economie Circulaire, qui a pour mission de promouvoir ce modèle économique, a une position privilégiée d’observateur des initiatives prises par les entreprises françaises.

Gregory Giavarina

Gregory Giavarina

Institut de l’Economie Circulaire

« L’Institut d’Economie Circulaire, qui a pour mission de promouvoir ce modèle économique, a une position privilégiée d’observateur des initiatives prises par les entreprises françaises.»

03-bouton-toggle

Quel est l’intérêt de l’économie circulaire pour les entreprises ?

Les entreprises l’ont bien compris, la gestion des ressources va être l’enjeu principal de ce siècle. Pour une entreprise, il est évident que la capacité d’adaptation à un environnement en changement perpétuel (et très compétitif) est déterminante pour sa survie. Nombre d’entreprises pionnières ont d’ores et déjà identifié les opportunités liées à ces démarches, et opéré un changement de leur business model en s’appuyant sur une stratégie d’économie circulaire. Ces démarches volontaires sont à l’origine de dynamiques économiques, sociales et environnementales vertueuses mais également de positionnements commerciaux pionniers. Ce nouveau modèle économique est créateur de valeur économique, social et environnementale.

Pouvez-vous nous donner des exemples concrets d’initiatives de l’économie circulaire ?

Les exemples sont multiples et touchent tous les plans de la société et tous les domaines d’activité. En voici quelques-uns :

  • Lafarge Ciment a initié dans les années 70 sa politique de substitution des combustibles fossiles par des ressources renouvelables (végétaux) ou issues de déchets. Les chocs pétroliers au cours de cette décennie ont en effet affecté nombre de secteurs d’activités étroitement dépendants de ce type d’énergie. Les taux de substitution dans les fours du groupe ont atteint 70% en 2010 (ils dépassent déjà 90% en Allemagne).
  • McDonald’s France a commencé à travailler sur la valorisation de ses déchets dès les années 90 avec un souci de réduire ses coûts et développe depuis 2004 une filière biodiesel. Aujourd’hui, environ 6400 tonnes par an d’huiles de fritures usagées sont valorisées dans cette filière. Depuis 2011, la réutilisation du biodiesel dans les camions d’un prestataire logistique est testée et pourrait permettre leur autosuffisance
  • Maisons du Monde a elle aussi rompu avec une logique linéaire de conception, en lançant une démarche d’éco-conception de ses canapés. Le groupe a depuis réussi à diminuer sa consommation de matières premières. Les mousses traditionnelles de rembourrage ont été remplacées par des fibres textiles ou des mousses recyclées, œuvrant ainsi au développement de débouchés pour ce type de matières secondaires. Priorité a enfin été donnée à des cotons biologiques en matière de revêtement
  • Coca-Cola Entreprise a innové en matière de modèle d’affaire, en mettant en place un réseau de partenariats en vue de recycler en boucle fermée des bouteilles en fin de vie, qui sont intégrées à la production de ses bouteilles neuves. L’expérience d’APPE, leader européen de plastique PET, a aussi été valorisée au travers de la création d’une joint-venture commune, Infineo, qui transforme ces déchets en granulats de matière recyclée.

Quelles sont les actions menées par l’Institut de l’Economie Circulaire pour favoriser ce nouveau modèle économique ?

Les actions de l’Institut peuvent se résumer en trois axes :

  • les travaux de réflexion à travers notamment nos ateliers de travails (identification des freins et leviers, mise en avant des bonnes pratiques, innovations, étude prospectives et stratégiques…)
  • la mise en réseau afin de faire émerger des projets concrets en réunissant les acteurs de la chaîne de valeur
  • la communication, la sensibilisation et l’influence

L’industrie automobile est naturellement particulièrement concernée par la raréfaction des matières premières. Cette problématique a poussé Renault à s’intéresser au concept d’économie circulaire.

François MARIE

François MARIE

Responsable chez Renault de la signature eco², signature de la politique environnementale de Renault.

« L’industrie automobile sous certains aspects entre dans l’ère du bien d’usage. En clair, c’est la fin du tout jetable.»

03-bouton-toggle

Quelles sont les actions et innovations menées par Renault dans le domaine de l’économie circulaire ? Les actions réalisées sont-elles rentables ?

L’économie circulaire dans le groupe Renault se développe progressivement autour de 2 grandes actions :

  • Faire de nos déchets une source d’approvisionnement en pièces détachées, pour prolonger la durée de vie de véhicules anciens en circulation. Pour donner un exemple concret, le site industriel de Choisy-le-Roi de Renault a appris à refabriquer du neuf avec des organes mécaniques revenant de l’ensemble des ateliers après-vente de Renault à travers l’Europe. Il rénove chaque année plus de 15 000 moteurs, 20 000 boîtes de vitesse et 16 000 systèmes d’injection. Cette activité historique de Renault est une illustration de l’économie circulaire, alliant économie et écologie. Les clients bénéficient de pièces 30 à 50 % moins chères que des pièces neuves. Et l’intérêt environnemental est au rendez-vous, puisque la rénovation d’un organe mécanique usagé fait économiser environ 80 % d’énergie, d’eau et de produits chimiques, par rapport à la fabrication d’une pièce neuve.
    Ainsi Renault développe une offre commerciale en France pour prolonger la durée de vie de véhicules déclarés économiquement irréparables par les assureurs. L’expérience menée avec la pièce de réemploi (ou pièce d’occasion) a déjà permis de prolonger la durée de vie de plus de 2 500 véhicules, présente un atout double : éviter la mise en destruction des véhicules et préserver la mobilité des clients les plus contraints économiquement.
  • Faire des déchets issus des Véhicules Hors d’Usage, des usines et des affaires commerciales une ressource d’approvisionnement en « matière » de qualité pour réduire les prix de fabrication en mettant en œuvre des boucles courtes. Par exemple, pour le plastique et notamment le polypropylène, l’intégration de plastique recyclé dans un de nos derniers best-sellers, Captur, a permis de réduire les coûts de fabrication de 14 euros.

Quels sont les ambitions et objectifs de Renault dans les dix prochaines années ?

Recycler en boucle courte est un enjeu majeur de l’économie circulaire. Chaque fois que Renault met en place des boucles courtes, il pérennise son activité par l’assurance de l’approvisionnement de matières. Il réduit aussi de quelques euros le prix de revient du véhicule concerné, tout en continuant à garantir la qualité des matières utilisées. Aujourd’hui, 30 % des matières des véhicules Renault sont issues du recyclage. L’objectif est de monter ce taux à 33% d’ici fin 2016.
L’industrie automobile sous certains aspects entre dans l’ère du bien d’usage. En clair, c’est la fin du tout jetable. Le client devient un usager qui loue un simple service. Le partenariat de Renault avec Bolloré sur le développement de l’autopartage en est un exemple. Le groupe Renault s’inspire de ce principe, par exemple en restant propriétaire de la batterie de ses véhicules électriques. Renault gère ainsi plus facilement la durée et le cycle de vie des batteries de véhicules électriques.

Quels sont les avantages et inconvénients à adopter ce nouveau modèle économique ?

Pour nous, il n’y a que des avantages. L’épuisement des ressources naturelles est une certitude ! Le pétrole, les minerais mettent des milliers d’années à se « créer », notre consommation mondiale n’est pas assez frugale. Des matières comme le pétrole, le cuivre, les terres rares… disparaîtront avant la fin de ce siècle si nous ne réagissons pas tous, collectivement.

Fondé en 2012, Valdelia est l’éco-organisme en charge de la gestion du recyclage des mobiliers professionnels initiée par le Grenelle 2 de l’environnement. Son objectif est d’atteindre un taux de recyclage de 75% d’ici 2017. Il a déjà collecté plus de 5 000 tonnes de mobiliers usagés depuis sa création.

Arnaud Humbert Droz

Arnaud Humbert Droz

Directeur Général Vadelia

« « Le principal enjeu de la filière réside dans le fait de pouvoir utiliser efficacement les matières premières secondaires et d’être ainsi dans une logique d’économie circulaire.»

03-bouton-toggle

Pouvez-vous nous présenter les activités de l’éco-organisme Valdelia ? Quelle place occupe-t-il dans l’économie circulaire ?

Valdelia est un éco-organisme à but non lucratif agréé par le ministère de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie, en charge d’organiser la filière de recyclage du mobilier professionnel en fin de vie (tables, chaises, bureaux, mobiliers scolaires…).
Valdelia pilote les actions de collecte des déchets du mobilier professionnel auprès des différents acteurs et veille à ce que l’ensemble des produits soient bien recyclés. L’éco-organisme a pour objectif de recycler 75% du mobilier professionnel.
Par exemple, Valdelia collecte la tonne de déchets dans lequel il y a des panneaux de particules de bois (présents dans les tables, bureaux, armoires…) dans un premier temps. Puis, il va passer par des prestataires capables de séparer les matières et de les adresser à des recycleurs afin de refaire un nouveau panneau particule qui va être utilisé pour produire un nouveau meuble.

Quels sont les enjeux de la gestion des déchets du mobilier professionnel ?

Le principal enjeu de la filière réside dans le fait de pouvoir utiliser efficacement les matières premières secondaires et d’être ainsi dans une logique d’économie circulaire. Ainsi Valdelia s’est engagé dans une politique de recherche et de développement afin d’améliorer le niveau de recyclage des matières collectés et d’atteindre un taux plus important de réutilisation et de recyclage. De plus Valdelia promeut le réemploi et la réutilisation des déchets professionnels en passant par des structures de l’économie sociale et solidaire.

 

POUR ALLER PLUS LOIN...