Économie & société

Qu’est-ce que le concept d’économie circulaire ?

1. Qu’est-ce que le concept d’économie circulaire ?

 

l’empreinte écologique

L'empreinte écologique
Source : WWF

L’empreinte écologique mesure la quantité de surface terrestre bioproductive nécessaire pour produire les biens et services que nous consommons et absorber les déchets que nous produisons. Pour illustrer de manière plus frappante cette empreinte, l’ONG Global Footprint Network définit chaque année la date à laquelle nous avons consommé plus ce que ce que le monde peut produire en un an. En 2014, le « jour du dépassement planétaire » est arrivé le 19 août.

Dans une économie mondialisée, les limites du mode de développement économique qui a prévalu depuis la révolution industrielle se font sentir. Les ressources naturelles sont limitées et la question environnementale n’a jamais été aussi préoccupante.

Le schéma linéaire Matières premières extraites > production > consommation > déchets doit trouver des alternatives. Le modèle d’économie circulaire tente de répondre à ces enjeux.

 

Comme c’est le cas dans de nombreux domaines, comme le gaspillage alimentaire par exemple, la définition exacte de l’économie circulaire n’est pas encore complètement arrêtée. La loi de transition énergétique, adoptée en première lecture par l’Assemblée nationale, la définit comme un modèle fondé sur le développement d’un système de production et d’échanges prenant en compte, dès leur conception, la durabilité et le recyclage des produits ou de leurs composants de sorte qu’ils puissent être réutilisés ou redevenir des matières premières nouvelles, afin de réduire la consommation des ressources et d’améliorer l’efficacité de leur utilisation (Art. 19).
Nous avons interrogé nos intervenants pour avoir une idée plus précise.

Alain Geldron, Direction économie circulaire et déchets, ADEME

Alain Geldron

Le concept de l’économie circulaire vise à modifier le modèle économique linéaire qui consiste à «extraire-fabriquer-jeter». Les entreprises extraient les matières premières, les transforment en produits puis les commercialisent aux utilisateurs qui s’en défont. L’économie circulaire a pour ambition d’augmenter l’efficacité dans l’utilisation des ressources et de réduire l’impact sur l’environnement en intervenant sur 3 domaines :

  • La production et l’offre de biens et services des acteurs économiques
  • La consommation dépendant de la demande et du comportement des consommateurs
  • La gestion des déchets

L’économie circulaire, qui vise à optimiser ces 3 domaines, repose sur les piliers suivants :

  • L’approvisionnement durable qui consiste à utiliser efficacement les matières premières en limitant l’exploitation des ressources ;
  • L’écoconception qui vise à concevoir des biens ou services en minimisant l’impact sur l’environnement ;
  • L’écologie industrielle et territoriale pour favoriser les échanges avec les acteurs et éviter les pertes de matières et d’énergie en mutualisant les besoins ;
  • L’économie de la fonctionnalité qui a pour objectif de favoriser l’usage à la possession du produit. Par exemple, lorsqu’on fait appel à un photocopieur, le matériel reste la propriété économique du vendeur, qui vend uniquement le service de copie ;
  • La consommation responsable pour conduire le consommateur à adopter un comportement durable en luttant par exemple contre l’obsolescence programmée, en pratiquant la consommation collaborative (éco-quartiers, partage de produits…) et en utilisant les produits à bon escient ;
  • La prolongation de la durée de vie des produits par la réutilisation, le réemploi et la réparation ;
  • Le recyclage afin de récupérer le plus de matière pour moins prélever dans les matières premières.

 

Gregory Giavarina, Institut de l’Economie Circulaire

Gregory Giavarina

Aller vers l’économie circulaire c’est passer de l’ère du jetable à l’ère du durable. C’est un modèle économique, social et environnemental dont l’objectif est de parvenir à découpler la croissance économique de l’épuisement des ressources naturelles et des impacts environnementaux par la création de produits, services, modèles d’affaires et politiques publiques innovants.
Il s’agit par exemple de rallonger les flux de matière (réemploi, recyclage) et de produits (écoconception, réparation, réutilisation puis recyclage) tout au long de la vie du produit ou service.

Ce modèle repose sur la création de boucles de valeur positives à chaque utilisation ou réutilisation des ressources en évitant toute élimination. Il met notamment l’accent sur de nouveaux modes de conception, de production et de consommation, le prolongement de la durée d’usage des produits, l’usage plus que la possession de biens, la réutilisation et le recyclage des composants.

François Marie, Renault

François MARIE

L’économie circulaire a pour objectif principal de faire de nos déchets des gisements de matière pour fabriquer des produits neufs. Pour l’industrie automobile, cela signifie fabriquer des véhicules neufs à partir de la matière existante, c’est-à-dire les véhicules hors d’usage. Lorsque l’on sait que 85 % de chaque voiture que nous conduisons est recyclable, l’enjeu devient majeur ! Pour Renault, l’intérêt est à la fois écologique et économique : produire des véhicules plus respectueux de l’environnement à chaque étape de leur cycle de vie, tout en veillant à l’utilisation modérée de l’énergie et des matières premières.

 

Si l’on devait synthétiser, l’économie circulaire serait donc une approche globale visant à créer le plus de valeur possible en détruisant le moins de matière possible. Sa particularité est d’organiser de manière cohérente un ensemble de comportements déjà ancrés dans nos habitudes, comme la vente d’occasion, la réparation, la réutilisation et le recyclage et des concepts nouveaux comme l’écoconception, « l’écologie » industrielle et territoriale et l’économie de la fonctionnalité.

L'économie circulaire
Source : alterre-bourgogne.org

Si le terme d’économie circulaire reste encore vague, ses principes semblent déjà donner des résultats positifs depuis quelques années.

Gregory Giavarina, Institut de l’Economie Circulaire

Gregory Giavarina

L’économie circulaire constitue un modèle opérationnel de développement durable, permettant la création de valeur à la fois économique, sociale et environnementale, et ce tant au niveau microéconomique que macroéconomique. Elle permet en effet l’émergence de nouveaux modèles d’affaire, notamment liés aux boucles de réemploi, de réparation ou encore de recyclage.
Quelques chiffres permettent de cerner la tendance globale de création de valeur liée à l’économie circulaire.

La Commission européenne estime ainsi que :

  • des améliorations sur l’efficacité des ressources tout au long de la chaine de valeur pourraient réduire la demande en ressources de 17 à 24% pour 2030 ;
  • un meilleur usage des ressources pourrait représenter une économie de 630 milliards d’euros par an pour l’industrie européenne ;
  • le PIB pourrait être augmenté de 3,9% grâce à la création de nouveaux marchés et de nouveaux produits ;
  • la réalisation des nouveaux objectifs en matière de déchets permettrait de créer 580.000 nouveaux emplois par rapport aux chiffres actuels.

Le rapport de la fondation Ellen MacArthur avance de son côté que l’économie circulaire permettrait de réaliser une économie nette annuelle en termes de dépense de matériaux :

  • de 340 à 380 milliards de dollars au niveau européen pour un scénario de “transition”,
  • et de 520 à 630 milliards par an pour un scénario “avancé”.

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