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Que font les touristes français en France ?

Que font les touriste francais en france

Le tourisme en France n’est pas qu’international, loin de là. Certes, les Français se plaisent à voyager  à l’étranger mais beaucoup choisissent de rester dans l’Hexagone pour découvrir les régions avoisinantes et leurs différentes attractions. En 2012, nous avons effectué plus de 180 millions de voyages en France contre 22 millions à l’étranger. Et nous dépensons chaque année près de 100 milliards d’euros, soit deux fois plus que les touristes étrangers.

Il faut dire que le territoire français présente des paysages à la fois divers et variés, la France ne se limitant pas à la métropole mais à tous ses territoires situés de par le monde, le tout bien sûr avec un patrimoine mondialement reconnu. Que font donc les Français lorsqu’ils visitent leurs pays ? Comment est-ce que les responsables du tourisme  se tournent vers les Français ? Quel est l’impact du tourisme franco-français ?

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La plage de Cannes en été. Crédit Photo: AFP PHOTO VALERY HACHE

Les Français aiment visiter la France. La richesse du patrimoine français et ses divers paysages de cartes postales les poussent à la découverte de leur pays, de ses spécificités régionales et ainsi, à des habitudes de consommation touristiques…. Jean Viard, sociologue et directeur de recherche CNRS au centre de recherches politiques de Sciences Po, spécialistes des questions sur les temps sociaux et de la mobilité, et Loïc Rigault, adhérent responsable de Voyages E. Leclerc, les décryptent pour nous.

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Interview Jean Viard

Sociologue, directeur de recherche au CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po

« Le tourisme ce n’est pas d’aller n’importe où. Le tourisme est une pratique très organisée et se perpétue de génération en génération. »

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Peut-on dire aujourd’hui que les Français ont conservé leurs habitudes lorsqu’il s’agit des vacances ?

En ce qui concerne la période estivale, les pratiques des Français ont très peu changé notamment parce qu’on est extrêmement fidèle en matière de rapport avec la mer. La moitié des Français se baigne toujours sur la même plage. Ils entretiennent des liens historiques avec des territoires. Le tourisme ce n’est pas d’aller n’importe où. Le tourisme est une pratique très organisée et se perpétue de génération en génération.

Le véritable changement majeur concerne le lieu de résidence principale des Français. Les lieux de vacances se peuplent beaucoup plus vite que les autres. Depuis 40 ans, des dizaines de milliers de Français ont fait le choix d’habiter dans les régions en bord de mer et y reçoivent leur famille. On peut donc dire qu’il y a ces touristes à l’année qui réorganisent en partie le marché du tourisme via l’intrafamilial. Aujourd’hui 60 % des Français partent en vacances mais il faudrait y ajouter ceux accueillis dans leur famille.

Par ailleurs, 70 % des Français partent en vacances « en bande ». Les vacances ne se pratiquent pas en couple mais en tribu

Peut-on dire que les vacances sont démocratiques ?

On peut dire que les vacances sont très démocratiques. Il y a 50 ans, seulement 20 % de la population prenait des vacances. Aujourd’hui, c’est 60 à 70 % de la population qui peut partir en vacances. Néanmoins, les vacances restent un produit de demi luxe étant donné qu’il y a toujours certains tranches de population qui n’y ont pas accès ; 20 à 40 % des Français qui ne partent pas en vacances. Dans les pays du Nord de l’Europe, 80 % de la population part en vacances.

Cet écart concerne quelques groupes particuliers. Il s’agit des femmes seules avec enfants soit 4 millions de personnes, des jeunes immigrés de banlieues et les personnes qui gagnent le SMIC. Le processus de démocratisation n’est donc pas fini.

Peut-on dire aujourd’hui qu’il y a un tourisme urbain qui est en train de se créer ?

En France : un tiers des Français ne part jamais, un tiers part une fois par an donc l’été et un tiers qui part cinq ou six fois dans l’année. Ce sont ces derniers qui font plus de 60 % des voyages. Ils font « exploser » le tourisme urbain. C’est un phénomène extrêmement important et très positif mais d’une certaine façon il est encore peu démocratisé.

La pratique touristique la plus répandue est celle des parcs d’attractions. Le premier lieu touristique en France est Eurodisney. Le parc, endroit de sécurité quasi absolu, est devenu un des grands cœurs de l’activité touristique.

Existe-t-il une tendance aux séjours plus courts ?

Dans l’après-guerre, il n’était pas possible de réserver des séjours inférieurs à deux mois, au Club Med par exemple. Aujourd’hui, il est possible d’effectuer des séjours de trois jours. On observe donc une fragmentation du temps de vacances tout comme il y a une fragmentation du temps de travail ou des rapports amoureux. On est dans une société où tout se fragmente. Le tourisme n’échappe donc pas à ce type de pratique.

En période de difficulté économique, les Français vont continuer à partir en vacances mais ils vont partir pour moins cher et moins longtemps.

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Interview Loïc Rigault

Responsable de E. Leclerc Voyages

« Le voyage, c’est avant tout une question de confiance. »

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Pouvez-vous nous donner quelques chiffres sur E. Leclerc Voyages ?

En 2013, nous avons réalisé un volume d’affaires de 430,2 millions d’euros et nous avons fait voyager 551 000 personnes.

Quelles sont les spécificités de E. Leclerc Voyages ?

Nous sommes une des seules agences de voyages associée à un réseau de grande distribution. Nous sommes leader dans ce domaine, et chacune de nos agences réalise un chiffre d’affaires supérieur à celui généralement réalisés par une agence de voyages classique. Nous bénéficions de l’adossement au groupe E. Leclerc qui véhicule des notions de sérieux et de prix attractifs.
Nous disposons également d’un site internet qui est le relais fidèle de notre offre en agence physique. Nous y vendons seulement des voyages, sans activité de billetterie, et obtenons d’excellents résultats.

Quelles tendances observez-vous sur la façon de voyager des Français ces dernières années ?

Les produits de tourismes (séjours, tour operator, croisière,…) constituent 80% de notre activité, le reste étant constitué par la billetterie (vols, nuitées en hôtel, location de voitures,…). La première destination de nos clients est la France qui représente 1/3 des voyages, allant de la location de bungalows au bord de mer au séjour aux sports d’hiver.
Ce qui a changé ces dernières années, ce sont les destinations hors de France. A la suite du printemps arabe, nous avons vu une baisse brutale des départs vers la Tunisie et de l’Egypte, deux destinations très prisées jusque là, au profit de destinations plus rassurantes comme l’Espagne, notamment avec les Baléares et les Canaries, et les îles méditerranéennes (Sicile, îles grecques,…). Nous avons également vu plus de clients choisir le littoral français.

Les offres spécialisées autour d’une activité spécifique (spa, parc d’attractions, écotourisme,…) semblent se développer. Observez-vous également ce phénomène ?

Notre offre est plutôt basée sur les séjours classiques et les tour operator, et non sur des offres très spécifiques, donc cela reste assez marginal chez nous. Le voyage, c’est avant tout une question de confiance. Ce que les gens viennent chercher chez E. Leclerc voyage, c’est cette confiance dans les prestations proposées et l’assurance d’un prix très compétitif.

S’il est une ville en France qui s’est tout particulièrement intéressée à cette question du tourisme, c’est bien Nantes. La ville depuis quelques années rénove, innove et développe de nouveaux concepts afin de faire découvrir ou redécouvrir son patrimoine en tout genre et use d’une très forte stratégie de communication. Jean Blaise, Directeur du Voyage à Nantes nous en dit plus sur la politique de valorisation de la Ville mise en place récemment.

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Interview Jean Blaise

Directeur du Voyage à Nantes

« Développer l’attractivité du territoire c’est permettre le rayonnement de son économie régionale. Il y a ainsi à la fois des retombées directes et indirectes. »

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Comment est-ce que le voyage à Nantes a réussi à relancer le tourisme dans la ville de Nantes ?

Le Voyage à Nantes est une Société publique locale, née de la volonté politique de la ville de Nantes et de la métropole d’élever Nantes au rang des villes européennes et mondiales. Bien sûr, la question du tourisme en faisait partie : il fallait en effet se positionner et s’affirmer en tant que destination de ville d’art et de culture au niveau national et européen.

Le choix du regroupement opéré et effectif au 1er janvier 2011 a été de rassembler l’Office de Tourisme de Nantes Métropole et la gestion de sites touristiques phares.

Les objectifs étaient d’une part, de gagner en lisibilité grâce à un seul acteur identifié et légitimé et d’autre part, de gagner en cohérence grâce à une stratégie de promotion « unique » pour concevoir, assembler et commercialiser l’offre. Et ce, qu’il s’agisse d’un tourisme de proximité, d’agrément ou d‘affaires.

Sur quelles spécificités de la ville avez-vous misé pour rendre Nantes attractive ?

La spécificité de cette structure unique est d’être également porteuse de projet. Car, le Voyage à Nantes, c’est également un événement qui chaque été, donne à voir autrement les richesses patrimoniales et culturelles de la ville grâce à l’installation, temporaire ou définitive, d’œuvres d’art dans l’espace publique.

La culture est facteur de cohésion et de ce fait, Le Voyage à Nantes est avant tout un projet de territoire. Il faut donc une adhésion et une appropriation des habitants et des acteurs du territoire afin de favoriser un sentiment d’appartenance.

Enfin, on considère que la créativité est un levier économique : développer l’attractivité du territoire c’est permettre le rayonnement de son économie régionale. Il y a ainsi à la fois des retombées directes et indirectes.

D’où viennent les touristes ? Sont-ils majoritairement de la région ?

La Grande majorité des touristes sont des Français (74%). Beaucoup viennent du Grand Ouest. Ces derniers représentent 28% environ des touristes à Nantes. Mais il faut tout de même mettre en avant les 20% de touristes qui font le déplacement depuis l’île de France.

En ce qui concerne les étrangers, ils représentent 26% des touristes à Nantes et les nationalités les plus représentées sont les Espagnols, les Britanniques, les Belges et les Suisses.

Vichy, dôme des spa

Vichy, en proposant des activités de spa, s’est imposée comme une destination attractive pour le tourisme de proximité – crédit photo : ONLY France/ ERIC BERACASSAT

La Bretagne, la Côte d’Azur, l’Auvergne, l’Alsace… autant de paysages divers et variés, autant de style architectural que de spécialités culinaires. Aussi n’est-il pas étonnant que les Français privilégient le tourisme franco-français. A l’image de la ville de Nantes qui a su relancer l’attrait pour son patrimoine, les spécialistes du tourisme ont su développer le tourisme de proximité, que ce soit par le biais de campagne de communication ou bien par des offres bien spécifiques. Nous avons rencontré sur ce sujet Laurent Salanié, CEO de Weekendesk, spécialiste du tourisme de proximité avec 250 000 réservations annuelles.

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Interview Laurent Salanié

CEO de Weekendesk

« Pour les weekends on ne cherche pas forcément un dépaysement total, mais plutôt à faire un break…»

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Qu’entend-on par tourisme de proximité ?

On est vraiment spécialisé sur les weekends, donc le tourisme à moins de 300 km de chez soi, soit environ deux heures en voiture. On se base sur la voiture car c’est le mode de transport le plus simple. On se concentre donc sur la découverte des régions les plus proches. Par exemple, pour la région parisienne, ça sera des lieux comme Chantilly, comme Fontainebleau, ou la Picardie. En tant que Lyonnais, cela pourra être Aix-les-Bains, pour les gens du sud-est, ça sera la Catalogne… C’est un tourisme qui concernent plutôt les couples aisés qui partent sans enfants.

Vous avez été créé en début des années 2000, pensez-vous avoir profité d’une certaine tendance de fonds ?

Absolument. La tendance des mini breaks vient du nord de l’Europe. Les nord-Européens ont l’habitude d’en faire et cette habitude se développe désormais dans le sud de l’Europe.

Donc ce type de tourisme est encore appelé à se développer dans les prochaines années ?

Oui, c’est évident car les hôteliers continuent à se développer leurs offres et il y a un travail marketing des régions, par les offices de tourismes, autour d’un patrimoine énorme.
Pour les weekends on ne cherche pas forcément un dépaysement total, mais plutôt à faire un break. Et dans le cadre du stress au travail, l’échappatoire d’un court weekend est facile d’accès. Nous avons 50% de nos ventes qui se font à moins de 10 jours, on parle vraiment d’achat d’impulsion. Et le panier moyen en France se situe autour des 200€ pour un weekend, donc ça reste accessible.

Les touristes français dépensent chaque année près de 100 milliards d’euros sur notre territoire, soit deux fois plus que les touristes étrangers. Leur poids dans les économies locales est de fait très important. Miguel Jonchère, dirigeant de l’hypermarché E. Leclerc des Sables d’Olonne, nous parle de cette clientèle.

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Interview Miguel JONCHERE

Adhérent E. Leclerc et dirigeant de l’hypermarché des Sables-d’Olonne

« « En été, tous les jours sont des samedis !»

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Que pèse le tourisme dans votre activité ?

Nous travaillons en hiver sur un bassin de population de 45 000 personnes. En juillet-août cela peut monter à 150 000 personnes. Notre chiffre d’affaires augmente de 40% sur ces deux mois, alors que nous travaillons bien toute l’année. Pour simplifier, en été, tous les jours sont des samedis !

Les touristes représentent aussi une part importante de notre clientèle tous les week-ends d’avril à septembre, en particulier en période de pont.

Les touristes consomment-ils différemment ?

Il y a globalement un gros impact sur l’alimentaire, que ce soit les produits frais ou les produits secs. On vend plus de grillades, de saucisses, de salades, de chips… sans oublier les liquides, sodas… Les articles de plage sont également à l’honneur, qu’il s’agisse de textile ou de jeux. Enfin nous faisons un gros travail avec les alliances locales pour mettre en avant les produits régionaux et les producteurs locaux, avec d’excellents résultats.

Comment vous adapter vous à cette clientèle touristique ?

Dans les rayons, nous mettons en avant dans l’allée centrale les articles de plage et les produits régionaux, et nous nous assurons que les linéaires soient bien approvisionnés sur les produits les plus demandés. Nous renforçons nos équipes avec 80 à 100 saisonniers qui s’ajoutent à nos 350 employés réguliers, et nous augmentons notre amplitude horaire en fermant plus tard le soir et en ouvrant le dimanche matin.

Et surtout nous faisons de gros efforts de communication. La durée moyenne des séjours est de 8 à 10 jours, et il est très important pour nous que les touristes viennent chez nous pour leur premier « plein ». Il est donc décisif que les gens sachent dès leur arrivée qu’il y a un hyper E. Leclerc à proximité et comment s’y rendre. Nous faisons énormément d’affichage directionnel par exemple, ainsi qu’un gros travail sur la visibilité, que ce soit par la distribution de prospectus, l’organisation d’un jeu-concours itinérant ou des banderoles trainées par des ULM. Nous collaborons également avec les campings en offrant des lots pour leurs concours en échange de visibilité.

Qu’en est-il de la clientèle étrangère ?

Nous avons des touristes étrangers, principalement des Anglais et des Allemands, qui représentent environ 4% des vacanciers. Les Anglais notamment viennent souvent dès le mois de juin. Pour répondre à leurs besoins, nous proposons du personnel parlant anglais à l’accueil, et nous adaptons notre affichage en rayon. En revanche nous n’avons pas besoin d’adapter nos produits à leurs habitudes : ils sont particulièrement friands des produits locaux !

 

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